Drôle d’endroit pour un homicide ! Décor fantastique creusé dans le falun, la vallée des rhinocéros noirs du Bioparc de Doué-la-Fontaine devient, sous la plume du romancier Gino Blandin, le théâtre d’une mort brutale et inexpliquée. En pleine saison, l’établissement est fermé par la Préfecture du Maine-et-Loire ! À la réouverture du zoo quelques jours plus tard, le mystère s’épaissit. Une jeune journaliste du Courrier Ligérien est étonnée par l’étrange comportement de touristes devant l’enclos des panthères des neiges, aménagé dans le « canyon des léopards ». Ces visiteurs ont traversé sans un regard pour ses occupants le magnifique « sanctuaire des okapis », espace d’immersion abritant mammifères et oiseaux au cœur d’une ancienne carrière. Non seulement affligeant mais aussi suspect, très suspect… Et pendant ce temps-là, un canidé non identifié décime les troupeaux d’ovins dans le sud de l’Anjou. Le loup aurait-il fait - enfin - son retour dans l’Ouest malgré les mesures d’abattage dont l’espèce est aujourd’hui victime ?

MICMAC AU BIOPARC

La saison estivale étant propice à la lecture de romans policiers, les amateurs du genre et de sorties zoologiques passeront un agréable moment à suivre l’enquête de Julie Lantilly. Enseignant en retraite, l’auteur a potassé son sujet et retrace, au fil des interviews de son héroïne, l’histoire de l’établissement créé par Pierre Gay le 14 juillet 1961. L’occasion d’évoquer Asma la lionne asthmatique, l’évasion médiatisée fin juin 1969 de Kaa - un python réticulé de 6,12 m pour 90 kg - ou encore le succès du Safari Serpents auprès du grand public comme des scientifiques.

Personnages (re)connus

Gino Blandin a également glissé dans son livre des personnages bien réels tels la vétérinaire Florine Wedlarski ou François et Pierre Gay, les actuels directeurs du Bioparc. Quelques détails bien sentis n’échapperont pas aux lecteurs attentifs. Lors du drame initial, Pierre Gay se trouve en Bolivie afin de soutenir, dans le cadre des Projets Nature du zoo, le programme de conservation des aras de Lafresnaye (Ara rubrogenys) initié par l’association Armonia. Très plausible… Et tout en évoquant avec la journaliste enquêteuse son parcours et notamment sa visite marquante du zoo de Jersey en mai 1978, Pierre Gay doit s’interrompre pour répondre à un appel de son ami David. Le nom de ce dernier n’est pas mentionné, mais il pourrait bien s’agir - d’après quelques indices - de David Gill, le fondateur du South Lakes Safari Zoo en Angleterre. Là encore, très vraisemblable… Les spécialistes relèveront bien quelques accommodements avec la réalité pour les besoins de l’intrigue, comme le transfert d’un girafon du Niger. Le Bioparc soutient en effet la protection des dernières girafes d’Afrique de l’Ouest mais héberge seulement des représentants de la sous-espèce d’Afrique centrale (Giraffa camelopardalis antiquorum).

Après avoir dévoré d’une traite ce roman et découvert les clefs du mystère, les lecteurs gagneront à s’élancer sur les traces de Julie Lantilly dans les allées du Bioparc. Et à vérifier de visu si le lion Simba a bien la queue coupée…

NB. La petite tigresse de Sumatra Phuket a désormais quitté le Bioparc pour rejoindre, après un séjour à la réserve de la Haute-Touche dans l’Indre, le South Lakes Safari Zoo. La belle histoire continue.

BLANDIN Gino, Micmac au Bioparc, Geste Éditions, mars 2015, 304 p., 12,90 €.

Pour commander cet ouvrage, également disponible à la boutique du Bioparc : www.gesteditions.com