Voici 20 ans, le 4 juillet 1995, l’aigle des Philippines (Pithecophaga jefferyi) était érigé au rang d’emblème national lors de la réélection du président Fidel Valdez Ramos. Et le 24 février 1999, son successeur José Marcelo Ejército décrétait que la période du 4 au 10 juillet deviendrait chaque année la « semaine de l’aigle des Philippines ».

AIGLE DES PHILIPPINES

Spécimen captif élevé au Philippine Eagle Center en 2009 (photo scorpious18).

Atteignant jusqu'à 2,50 mètres d’envergure, ce rapace - le deuxième plus grand aigle au monde après la harpie féroce (Harpia harpyja) - est classé « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le pithécophage des Philippines est couramment appelé aigle des singes à cause de son régime alimentaire, composé notamment de macaques crabiers (Macaca fascicularis). Cet aigle dont la masse oscille entre 4,5 et 8 kilos se nourrit également d’autres oiseaux comme les calaos ou les hibous, de civettes palmistes (Paradoxurus hermaphroditus), d’écureuils volants, de galéopithèques (Cynocephalus volans), de chauves-souris frugivores, de rats ou encore de serpent et de varans. Selon certaines sources, il serait même capable de chasser de petits sangliers ou de jeunes cerfs des Philippines, voire des chiens !

L’espérance de vie de cet impressionnant rapace, sexuellement mature à cinq ans pour les femelles et à sept pour les mâles, se situe entre 30 et 60 ans. La longévité des oiseaux sauvages semble en moyenne plus courte que celle de leurs congénères captifs.

Déforestation et braconnage

Unique représentant du genre Pithecophaga - aucune sous-espèce n’étant d’ailleurs reconnue - et seul rapace aux yeux gris-bleu, l’aigle des singes souffre de la destruction et de la fragmentation de son habitat à cause des exploitations forestière et minière, et du défrichement pour les cultures. Il est également victime du braconnage et des pièges à collet destinés à d’autres animaux. Tuer ce rapace est pourtant punissable d’une peine allant jusqu’à 12 ans de prison et de fortes amendes. Cet aigle à l’imposante crête érectile subirait aussi les effets de la pollution liée aux pesticides.

L’aire de répartition de l’espèce, endémique des Philippines, se limite aux deux plus grandes îles de l’archipel - Luçon et Mindanao - et à celles de Samar et Leyte dans les Visayas. Peuplée par une forte minorité musulmane en rébellion contre le gouvernement, l’île de Mindanao abrite la plus importante population d’aigles, estimée entre 82 et 233 couples.

AIGLE DES PHILIPPINES EN CAPTIVITE

Aigle des Philippines photographié en 2013 au Ninoy Aquino Parks & Wildlife Center, établissement zoologique spécialisé dans la faune endémique et situé dans la ville de Quezon (photo Ramon FVelasquez).

Centre de reproduction

Aujourd’hui, le nombre total d’oiseaux en âge de se reproduire oscillerait entre 180 et 750 individus. Depuis 1987, la Philippine Eagle Foundation œuvre pour la sauvegarde de l’aigle des singes et de son habitat. Établi à Davao, la capitale de Mindanao, le Philippine Eagle Center héberge actuellement 36 aigles des Philippines dont 18 nés en captivité. En 1992, deux premiers aiglons, conçus par insémination artificielle, y ont vu le jour. La première reproduction naturelle a eu lieu en 1999.

PHILIPPINE EAGLE FUNDATION

En 2004, un aigle né en captivité et baptisé Kabyan fut relâché à Mindanao. Il mourut électrocuté le 9 janvier 2005 dans le parc naturel du mont Apo. Un second oiseau, un mâle de trois ans dénommé Kagsabua et secouru après avoir été blessé par une arme à feu, retrouva le milieu naturel le 6 mars 2008. Quatre mois plus tard, il fut abattu par un chasseur ! De nouveaux programmes de réintroduction sont envisagés.

Disparu des zoos occidentaux

Aujourd’hui, aucun aigle des singes ne serait élevé en captivité en dehors des Philippines. Par le passé, une cinquantaine de spécimens ont été détenus dans des zoos européens, américains et japonais. Le premier est sans doute une femelle arrivée le 31 août 1909 au zoo de Londres (Royaume-Uni) où elle est morte le 11 février 1910. La plupart des oiseaux ont été hébergés dans les établissements concernés entre 1947 et 1965. La Ménagerie du Jardin des plantes à Paris accueillit ainsi un aigle des Philippines mâle du 30 juin 1961 au 7 avril 1966. Cet individu, aujourd’hui naturalisé et conservé au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, est mort étouffé par un morceau d’os coincé dans sa trachée.

COUPLE D'AIGLES DES PHILIPPINES AU ZOO D'ANVERS

Le zoo d’Anvers a possédé plusieurs aigles des singes dont une femelle du 27 mai 1963 au 7 juillet 1977 et un mâle entre 1964 et 1988. Vraisemblablement immortalisé sur ce cliché extrait d’un guide du zoo flamand, ce couple fut également présenté au parc animalier de Planckendael près de Malines (Coll. personnelle).

Le record de longévité en captivité est certainement détenu par un autre mâle ayant vécu 41 ans et 7 mois au zoo de Rome (Italie), du 1er décembre 1934 au 5 juillet 1976. Déjà mature, cet oiseau avait été donné au zoo de la capitale italienne à l’occasion de sa réouverture par l’ornithologue franco-américain Jean Delacour (1890-1985), président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de 1921 à 1976 et créateur du parc zoologique de Clères en Seine-Maritime. Jack, le dernier des ces aigles captifs, s’est éteint le 18 janvier 1988 au zoo d’Anvers (Belgique), où il avait été transféré le 7 mai 1964.

Désormais, l’avenir de ce rapace magnifique dépend de celui des anciennes forêts pluviales philippines. Selon certains experts, il subsiste à peine 3,2 % de la surface originelle de la forêt tropicale humide. Et le taux de déforestation, parmi les plus élevés au monde, dépasse les 2 % par an dans l’archipel…

Sources : Philippine Eagle Foundation, International Zoo News, L’Oiseau mag, Wikipédia.