Selon une chercheuse de l’université du Queensland (Australie), la souris sauteuse du nord (Notomys aquilo) - déjà classée en danger par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) - serait plus proche de l’extinction que les spécialistes ne le pensent. L’évaluation des effectifs de ce petit muriné, comptant parmi les animaux les plus insaisissables de l’île-continent, repose en effet sur des mesures indirectes et potentiellement erronées.

« Très timide, cette souris sauteuse est difficile à localiser, assure Rebecca Diete. Les estimations se fondent donc sur les mottes de sable laissées par les rongeurs lorsqu’ils creusent leur terrierOr j’ai découvert que certains de ces tas indûment attribués à la souris sauteuse du nord étaient en fait l’œuvre de la souris délicate (Pseudomys delicatulus). »

Les femelles souris sauteuses du nord creusent en effet des terriers atteignant jusqu’à 5 mètres de long. Offrant une bonne isolation thermique, ces derniers constituent aussi un abri contre les prédateurs comme les daysures, les serpents, les hiboux ou les chats harets.

SOURIS SAUTEUSE DU NORD

La queue de la souris sauteuse du nord mesure une fois et demie la taille du corps de l’animal. Ce petit rongeur arbore une robe brune sur le dos avec un ventre blanc (photo Rebecca Diete avec son aimable autorisation).

Durant deux ans et demi, Rebecca Diete a étudié cette espèce endémique et méconnue sur l’île de Groote Eylandt, à environ 50 km du Territoire du Nord continental, grâce à des repérages radio, des pièges photographiques et la collecte d’empreintes. Elle a passé 12 mois à traquer le minuscule animal avant de l’apercevoir enfin. Finalement, elle a réussi à attraper 39 individus pour réaliser des études morphologiques pour équiper les souris d’émetteurs radio. La jeune chercheuse australienne est même parvenue à filmer une femelle en train de creuser son terrier. Une première mondiale.

« Mesurant environ dix centimètres du museau à la base de la queue, la souris sauteuse du nord se redresse sur ses pattes postérieures et saute à la façon d’un petit kangourou, précise la scientifique. Néanmoins, il s’agit bien d’un rongeur apparenté aux rats et aux souris. »

SOURIS SAUTEUSE DU NORD BIS

 Vivant dans les landes et les prairies sablonneuses, la souris sauteuse pèse entre 30 et 50 grammes (photo Rebecca Diete avec son aimable autorisation).

Discours sur la méthode

Espérant que ses travaux favoriseront la sauvegarde de l’espèce, Rebecca Diete estime nécessaire de recourir désormais à des études plus rigoureuses. « Dénombrer les souris sauteuses uniquement à partir des mottes de sable contribue surestimer trop largement leurs effectifs réels, assure la jeune scientifique. Nous ne devons pas nous fier à des indices dont nous ne sommes pas absolument certains qu’ils émanent de l’espèce étudiée. Des méthodes d’enquête plus sûres et des estimations viables sont cruciales pour la survie de la souris sauteuse du nord. »

Ces propos évoquent ceux d’une équipe composée de scientifiques de l’université d’Oxford, de l'Institut indien de statistique et de la Wildlife Conservation Society. Dans un article paru en février 2015 dans la revue Methods in Ecology and Evolution, ces chercheurs avaient ainsi mis en évidence les défauts inhérents à une méthode d’étalonnage susceptible de produire des résultats imprécis dans le recensement des espèces rares. Leur étude récusait notamment la hausse du nombre de tigres sauvages de 30 % en quatre ans en Inde. Afin d’aider les défenseurs de l’environnement dans leurs missions, ces scientifiques ont d’ailleurs proposé un modèle mathématique permettant d’obtenir des données plus fiables.

SOURIS SAUTEUSE DU NORD CAPTUREE AU PIEGE PHOTOGRAPHIQUE

 La souris sauteuse du nord possède de grands yeux et de larges oreilles, adaptées à son mode de vie nocturne. Elle consomme des graines, des végétaux et des invertébrés (image obtenue grâce à un piège photographique, avec l’aimable autorisation de Rebecca Diete).

« Jadis, l’Australie abritait dix espèces de souris sauteuses, relève Rebecca Diete. En l’espace de deux siècles, cinq d’entre elles ont disparu. Nous devons mieux connaître et protéger les survivantes. » La souris sauteuse d'Australie à queue courte ou souris sauteuse d'Australie du grand désert (Notomys amplus), le notomys à longue queue ou souris sauteuse d'Australie à longue queue (N. longicaudatus), la souris sauteuse d'Australie à grandes oreilles ou notomys à grandes oreilles (N. macrotis), la souris sauteuse d'Australie des Darling Downs ou notomys des Darling Downs (N. mordax) et la grande souris sauteuse (N.robustus) sont désormais éteintes.

Outre la très menacée souris sauteuse du Nord, seules subsistent aujourd’hui la souris sauteuse de Spinifex ou tarkawara (Notomys alexis), la souris sauteuse fauve (N. cervinus), la souris sauteuse de Mitchell (N. mitchellii) - ces trois espèces étant classées en préoccupation mineure par l’UICN - et la souris sauteuse sombre (N. fuscus), considérée comme vulnérable.

Voici le lien vers les images inédites obtenues par Rebecca Diete. Après avoir creusé un premier trou, la souris fore discrètement une sortie secrète puis répand l’amas de sable afin de dissimuler l’entrée aux prédateurs : https://www.youtube.com/watch?v=Gz2GnVrGi24

Sources : Phys.org, Newsweek, University of Oxford.