Étonnant destin que celui de la coucou de Rennes. Alors qu’elle a frôlé l’extinction et que les historiens la traquent sur les cartes postales d’antan, cette poule inspire aujourd’hui les graffeurs, participe au lancement du site web de sa ville « natale », s’affiche en Une de la presse pour annoncer le festival des Trans Musicales, bénéficie d’un timbre à son effigie et fait partie de la poignée de volailles inscrites dans l’Arche du goût de l’association Slow Food.

COUVERTURE

Publié par les Presses universitaires de Rennes (PUR) avec le concours de l’écomusée du Pays de Rennes, l’ouvrage richement illustré (photos, cartes postales anciennes, reproductions de tableaux, documents publicitaires) de François de Beaulieu (*) aborde les différentes facettes de l’histoire de cette poule proclamée « meilleure race française » en 1903, avant d’être officiellement reconnue comme race à part entière quelques années plus tard. Le standard de la coucou sera seulement homologué le 31 mars 1914, couronnant les efforts du docteur Edmond Ramé (1867-1955).

L’œuvre de toute une vie

Un long chapitre est évidemment consacré à l’œuvre du « père » de la coucou, passionné d’aviculture dès l’âge de 4 ans et s’inquiétant, au soir de sa vie, du sort réservé à sa « bibliothèque d’élevage ». François de Beaulieu évoque ainsi les succès du promoteur de la race en France et à l’étranger mais aussi les limites de la sélection - éminemment consanguine - entreprise par le Dr Ramé. Ce dernier se souciait en effet davantage de l’apparence de ses volailles que de leurs qualités de pondeuses. Après un demi-siècle de croisements, ses poules produisaient 80 œufs par an, contre 130 habituellement. Une impasse économique pour l’avenir à long terme de la race.

TABLEAU DE LOUIS CARADEC

Exposé au musée départemental breton de Quimper, ce tableau intitulé Scène de marché en Bretagne, peint vers 1850 par Louis Caradec (1802-1888), serait la plus ancienne représentation d’une poule coucou bretonne (photo DR).

Auparavant, la première partie du livre aborde l’histoire de la domestication des poules, la naissance des premières races françaises et l’apparition de la coucou. François de Beaulieu en profite pour rétablir une vérité concernant la première mention de la race bretonne. Celle-ci appartient à Paul Letrône et à sa brochure parue au début de l’année 1858 et non à Charles Jacque (1813-1894), peintre de l’école de Barbizon et auteur de l’une des premières importantes monographies avicoles.

À la recherche des dernières coucous

Enfin, la troisième partie retrace l’aventure de la sauvegarde de la coucou. Victime, comme tant d’autres, de la concurrence des races à croissance rapide, de l’uniformisation des poulets d’élevage et de l’industrialisation de l’aviculture, la coucou de Rennes disparaît des basses-coursau lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

POULE COUCOU DE RENNES

Le nom de la coucou de Rennes lui vient de son plumage, évoquant celui de l’oiseau. (photo Trizek).

En 1985, certains spécialistes estiment même la race définitivement éteinte. Pourtant, trois ans plus tard, l’écomusée du Pays de Rennes - fraîchement créé - se lance sur les traces de la volaille disparue. Et après une année de recherches et de fausses pistes, le miracle se produit. Un ancien maraîcher rennais, installé dans le Maine-et-Loire après une expropriation, découvre dans la presse locale l’appel lancé par l’écomusée. Clin d’œil de l’histoire, ses coucous descendant de poules achetées au fermier d’Edmond Ramé auquel le docteur avait confié ses dernières protégées. André Rouesné cède alors une dizaine de poules et coqs à l’écomusée. D’autres spécimens seront ensuite retrouvés, élargissant la base de l’élevage. La mission de sauvegarde de la race peut commencer.

Filière économique

En 1989, à l’initiative de l’écomusée, quelques aviculteurs se regroupent au sein du club national des éleveurs de volailles de races bretonnes (CNEVRB). Et en 1997, l’association des producteurs de poulets coucou de Rennes est lancée. Refusant de succomber aux sirènes de la grande distribution et forte d’un cahier des charges très exigeant, elle a su depuis concilier identité patrimoniale et réussite économique. Près de 25.000 poulets de Rennes sont désormais produits chaque année.

COQ COUCOU

Coq coucou de Rennes à l'écomusée du Pays de Rennes, en août 2014. Cette race présente une taille au-dessus de la moyenne. La masse du coq avoisine 3,5 kilos contre 3 kilos pour la femelle (photo Édouard Hue).

Commémorant le centenaire de la naissance de la coucou, le livre signé François de Beaulieu dépasse la seule histoire d’une race ancrée dans son terroir. Il dévoile aussi comment la volonté commune d’acteurs issus de la culture, de la politique et du secteur agricole peut sauver la biodiversité domestique, offrir une alternative à la standardisation de nos campagnes - et de nos assiettes - et contribuer à un avenir pérenne de notre patrimoine vivant. Indispensable !

(*) Naturaliste et historien, François de Beaulieu est également secrétaire général de Bretagne Vivante, la Société pour l'étude et la protection de la nature en Bretagne.

DE BEAULIEU François, La poule coucou de Rennes, patrimoine vivant de la Bretagne, Presses universitaires de Rennes, janvier 2015, 128 p., 18 €.