Dans le cadre de l’exposition « Sur la piste des grands singes » organisée à la Grande Galerie de l'Évolution au Jardin des plantes de Paris (http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/02/04/31454996.html), le Muséum national d’histoire naturelle lance une campagne de financement participatif pour lutter contre le braconnage des chimpanzés dans le parc national de Kibale, en Ouganda.

Situé au sud-ouest du pays à une trentaine de kilomètres de la frontière avec la République démocratique du Congo, ce sanctuaire s’étend sur 776 km2 de forêt tropicale humide à une altitude comprise entre 1.100 et 1.600 mètres. Les chercheurs du Muséum ont découvert que plus d’un tiers des 80 chimpanzés vivant dans la zone de Sebitoli, à l’extrême nord du parc, souffraient de mutilations provoquées par des pièges.

PARC NATIONAL DE KIBALE

(Photo Ina96)

Câbles de vélo

Fabriqués avec des câbles de vélo, ces collets sont posés par certains villageois pour capturer illégalement du gibier, notamment les antilopes et les cochons sauvages. Les chimpanzés deviennent alors les victimes indirectes de cette chasse non sélective. Lorsque les primates parviennent à se dégager des pièges en se débattant avec force, les câbles entaillent profondément leurs membres. Durant des mois voire des années, le métal reste enroulé autour des doigts, du poignet ou de la cheville. Un jour, ceux-ci se nécrosent puis tombent !

CHIMPANZE SE NOURRISSANT DANS LE PARC DE KIBALE

Chimpanzé mangeant des figues dans le parc national de Kibale (photo Drrobert).

Les dons financeront le recrutement et la formation de gardes qui sillonneront les 25 km2 du territoire des chimpanzés pour désamorcer les pièges. Ils permettront aussi l’achat d’équipements de terrain et de matériels techniques. Enfin, une partie des fonds recueillis sera consacrée à des actions de sensibilisation auprès des populations locales et notamment des écoliers. 12.500 € sont aujourd’hui nécessaires pour mettre en place ce dispositif pendant un an.

Station de recherches à Kibale

En Afrique, les travaux des primatologues du Muséum portent sur plusieurs espèces d’anthropoïdes : les bonobos en République démocratique du Congo, les gorilles de l’Ouest au Congo et en République centrafricaine et les chimpanzés en Ouganda. Depuis 18 ans, Sabrina Krief, vétérinaire de formation et maître de conférences au Muséum, étudie ainsi le comportement et la santé des chimpanzés du parc de Kibale. Ces derniers appartiennent à la sous-espèce dite d’Afrique orientale (Pan troglodytes schweinfurthii), l’une des quatre sous-espèces de chimpanzés communément admises, même si certains spécialistes prônent une redéfinition taxinomique de P. t. schweinfurthii. Toutes ces sous-espèces sont classées « en danger » - c’est-à-dire confrontées à un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage - par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

CHIMPANZE A KIBALE

La sous-espèce du chimpanzé d'Afrique orientale ou de Schweinfurth est considérée comme la mieux connue, notamment grâce aux travaux menés par Jane Goodall dans le parc national de la Gombe Stream, en Tanzanie. Ici, un individu du parc de Kibale (photo Dfg13).

En 2009, Sabrina et Jean-Michel, son mari photographe, ont formé une équipe de recherches afin de suivre une nouvelle communauté de chimpanzés dans la région de Sebitoli. Et l’année dernière, une station d’étude et de préservation, disposant notamment d’un laboratoire vétérinaire, a été construite sur place. Grâce à ce travail, plus de 60 chimpanzés sur une population totale d’environ 80 individus ont déjà été identifiés.

Par ailleurs, jeudi 2 et vendredi 3 avril 2015, un symposium consacré à la lutte contre le braconnage sera organisé au Jardin des plantes et au ministère des affaires étrangères et du développement durable. À cette occasion, le Muséum reversera une part des recettes de l’exposition « Sur la piste de grands singes » du vendredi 3, du samedi 4 et du dimanche 5 avril à la campagne pour la sauvegarde des chimpanzés du parc de Kibale.

FEMELLE CHIMPANZE ET SON PETIT DANS LE PARC OUGANDAIS DE KIBALE

Femelle chimpanzé et son petit, âgé d’environ un an et toujours allaité, goûtant aux fruits d’un petit sycomore (Ficus sur) à près de 25 mètres de hauteur dans le parc de Kibale (photo Alain Houle / Harvard University).

  • Les donateurs pourront bénéficier d’une réduction fiscale correspondant à 66% de la valeur du don et de l’inscription de leur nom sur le site Internet du Muséum. Les particuliers qui verseront un montant supérieur à 150 € recevront également une invitation pour deux personnes à une rencontre privilégiée avec les primatologues du Muséum et deux laissez-passer pour une visite libre de l’exposition « Sur la piste des grands singes ».