La classification du monde vivant relève à la fois de la science et de la philosophie. Professeur au Muséum national d'histoire naturelle où il dirige le département « Systématique et Evolution », Guillaume Lecointre est venu débattre du sens de cette démarche, mercredi 26 novembre 2014, au micro d’Adèle Van Reeth dans l’émission Les Nouveaux Chemins de la connaissance sur France Culture.

Il évoque notamment la nécessité, pour une explication rationnelle de la diversité du monde réel, d’une mise en boîte(s) collective et d’un langage commun. La philosophe et le chercheur systématicien reviennent sur la genèse d’un système cohérent de concepts permettant d’utiliser différents degrés de généralité. Guillaume Lecointre dévoile également les propriétés élémentaires d’une classification scientifique pertinente dont l’emboîtement - par opposition à l’empilement, la cohérence des groupes entre eux, l’existence de groupes complets et l’unicité des propriétés choisies.

TABLEAU CARL LINNAEUS

Tableau de 1853 peint par Hendrik Hollander représentant Carl Linnæus en costume lapon.

De Carl von Linné (1707-1778) à Charles Darwin (1809-1882), des approches essentialiste au nominaliste, Les Nouveaux Chemins de la connaissance permettent aussi d’aborder « la tension qui habite la systématique pour trouver une solution qui consiste à créer des concepts servant des mots stables pour désigner des choses dont on sait qu’elles ne sont pas stables ». Chargé de la rubrique « sciences » à Charlie Hebdo de 1995 à 2005, Guillaume Lecointre met d’ailleurs les auditeurs en garde contre la tentation « d’enfermer la nature et de projeter nos besoins de stabilité langagière dans une nature en perpétuel changement » et souligne que, malgré leur portée universelle, les classifications ne sauraient être rigides et « doivent être ouvertes à la réfutation » comme l’exige précisément l’universalisme non dogmatique.

OUVRAGE GUILLAUME LECOINTRE

 

Chroniqueur au magazine Espèces, Guillaume Lecointre a publié en 2014 L’évolution, question d’actualité ? aux éditions Quae.

Le chercheur rappelle en outre que « les systèmes classificatoires ont souvent été des systèmes oppressifs ». L’émission est d’ailleurs l’occasion d’évoquer certains enjeux actuels comme les postures hostiles à l’évolution ou au genre, la sur-définition de l’homme dans le dialogue entre sciences en philosophie ou encore « le retard scolaire sur la mise à jour des classifications ».

Aujourd’hui, la classification des sciences naturelles n’utilise plus le mot « poissons » et intègre les oiseaux au sein des reptiles. Quant à l’appellation d’invertébrés, elle fait se hérisser les poils des systématiciens. Pas question de concevoir un groupe sur une absence d’attributs !

Pour (ré)écouter ou podcaster cette émission : http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-melange-de-genres-34-peut-on-classer-les-etres-viva