Anciens soigneurs du zoo d'Anvers et du parc zoologique de Planckendael, Sofie Goetghebeur et Tony Verhulst ont quitté cet été le nord de la Belgique pour le Limousin. Là, sur près 25 hectares, le couple se prépare à créer Elephant Haven, le premier « sanctuaire » pour éléphants en Europe. Pour Biofaune, ils dressent un état des lieux de leur projet. Interview.

 

LOGO ELEPHANT HAVEN

° L’Europe compte aujourd’hui plusieurs dizaines d’établissements zoologiques accueillant des éléphants. Pourquoi Elephant Haven vous apparaît-il comme une nécessité ?

Elephant Haven peut être comparé à une maison de retraite pour personnes âgées. Nous souhaitons offrir une belle fin de vie à de vieux éléphants en leur procurant davantage d’espace et en leur donnant les soins médicaux dont ils ont besoin.

Par ailleurs, les uns après les autres, les pays européens sont en train d'interdire les éléphants dans les cirques. Pour autant, ils ne prévoient rien quant au devenir de ces animaux de cirque. Où les placer ? Nous voulons proposer une solution.

Enfin, les zoos se concentrent sur les programmes de reproduction ou le maintien de groupes de jeunes mâles. Notre projet concernera uniquement les éléphants âgés.

° De quel(s) modèle(s) s’inspire Elephant Haven ?

Nous avons visité d’autres sanctuaires comme celui d’ARK 2000 créé par la Performing Animal Welfare Society à San Andreas en Californie ou l’Elephant Nature Park dans le nord de la Thaïlande. Nous échangeons également avec les fondateurs du Boon Lott’s Elephant Sanctuary, un autre refuge thaïlandais.

° Qui est à l’origine de ce projet ?

Quatre personnes ont fondé Elephant Haven : Leonie Vestering (directrice de l’association Wilde Dieren de Tent Uit), Barry van Mastrigt et nous. Depuis, Leonie et Barry ont quitté le projet.

SOFIE GOETGHEBEUR ET TONY VERHULST

Sofie Goetghebeur et Tony Verhulst (photo DR).

° Vous avez choisi d’installer ce sanctuaire à Oradour-sur-Vayre dans le Limousin. Quels critères ont présidé ce choix ?

Les besoins des éléphants ! Ici, il est facile de s’approvisionner en foin et en eau, les arbres sont comestibles et le terrain bénéficie de nombreuses possibilités d’aménagement. C’est un bon compromis.

° Quelle serait la capacité d’accueil initiale du sanctuaire ?

Dans l’état actuel du projet, la capacité maximale est de dix éléphants. Mais le terrain offre des perspectives d’extension pour le futur. 

° Votre projet prévoit la construction d’un bâtiment chauffé permettant de maintenir séparément éléphants asiatiques et africains mais aussi d'héberger à part les mâles ou les individus malades. Comment seront conçus ces enclos intérieurs ? Les plans sont-ils déjà finalisés ?

Effectivement, un enclos accueillera les éléphants africains, un autre les asiatiques. Une zone de quarantaine est également prévue. Nous sommes à l’affût de nouvelles idées et échangeons en permanence avec des spécialistes. En fait, nos plans évoluent encore et nous apprenons tous les jours (sourires).

° Et à l’extérieur, de quoi disposeront exactement les éléphants ?

D’arbres, de lacs, de bourbiers…

ELEPHANT HAVEN 01

(Photo Tony Verhulst)

° Une route traverse la propriété qu’Elephant Haven veut acquérir. Pourquoi ? Qu’est-ce que cela signifie à terme ?

Les enclos des éléphants africains et asiatiques se trouveront simplement de chaque côté de cette route.

° Pourquoi avoir fait le choix du contact protégé (obligatoire aux Etats-Unis pour les zoos nord-américains membres de l’AZA) alors que de nombreux établissements européens restent fidèles au contact direct (« hands-on ») ?

Tony a toujours travaillé en contact protégé. Nous trouvons cette méthode plus sûre pour l’homme comme pour l’animal.

° Allez-vous travailler en concertation avec l’Association européenne des zoos et des aquariums (EAZA) ?

Nous sommes déjà en contact avec les responsables des studbooks des éléphants d’Asie et d’Afrique (Ndlr. respectivement gérés par les zoos de Rotterdam et de Vienne).

° L’une des problématiques des programmes de sauvegarde ex situ concerne les jeunes mâles surnuméraires. Envisageriez-vous d’accueillir temporairement des mâles subadultes et d’éventuels « bachelor groups » ?

Non, absolument pas.

° Ne craignez-vous pas que seuls des animaux à problèmes (asociaux ou porteurs latents de la tuberculose) ne vous soient confiés ?

Chaque cas sera étudié avec l’advisory board (Ndlr. un conseil consultatif composé de plusieurs experts internationaux dont des chercheurs, des vétérinaires et des soigneurs animaliers). Nous sommes conscients que des éléphants âgés peuvent avoir besoin de soins particuliers.

° Vous prévoyez à terme d’accueillir des bénévoles, nourris et logés mais versant une contribution pour leur séjour. Comment cette idée vous a-t-elle été inspirée ?

Beaucoup d’associations recueillant des animaux reçoivent des bénévoles. Nous avons nous-mêmes travaillé comme bénévoles en Thaïlande. À Elephant Haven, le nombre de bénévoles restera cependant limité.

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(Photo Tony Verhulst)

° Vous estimez le coût moyen de l'entretien d'un éléphant à 100.000 € par an. L’accueil de bénévoles « payants » ne pourra probablement pas seul pourvoir aux frais du sanctuaire, notamment en hiver…  Alors que ferez-vous ?

EH organisera des visites guidées mais aussi des workshops et des ateliers destinés au bien-être mental et physique des participants.

Nous proposerons également des séjours d’une journée pour les personnes âgées et les scolaires afin de les sensibiliser, dans un contexte agréable, à la nature et au sort des éléphants.

Toutes ces animations se dérouleront dans un espace avec vue sur le terrain et les animaux. Elles seront respectueuses du développement durable et se feront en collaboration avec les commerces et les habitants de la région.

° Pouvez-nous détailler l’échéancier du projet ?

D’abord récolter des fonds puisque que la somme totale pour l’achat du terrain doit être versée fin mars 2015. Ensuite, nous pourrons commencer la construction des enclos et de clôtures.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid (sourires).

° Quelle somme devrez-vous réunir pour réaliser les premières structures d’accueil une fois le terrain définitivement acquis ?

2 millions d’euros.

° Enfin, savez-vous déjà quels éléphants seraient susceptibles d’être les premiers pensionnaires d’Elephant Haven ?

Tout dépendra de la date d’ouverture d’Elephant Haven. En ce moment, nous menons un gros travail afin de développer nos réseaux.

Il est important de souligner que nous ne souhaitons critiquer ou stigmatiser personne. Nous sommes là pour aider et offrir une alternative !

° Vous avez quitté la Belgique pour la France début septembre 2014. Comment se déroulent les contacts avec les autorités locales ? Les habitants du village et vos futurs voisins vous ont-ils réservé un bon accueil ?

Oui, vraiment. Le maire nous soutient et nos demandes d’autorisation sont désormais entre les mains de l’administration. Prochainement, nous allons inviter nos voisins à une réunion d’information afin de leur expliquer tous les détails de notre projet. Nous ne voulons pas qu’ils soient inquiets (sourires).

Propos recueillis par Philippe Aquilon

Pour suivre l’actualité d’Elephant Haven et soutenir ce projet : www.elephanthaven.com/fr/