La population de tamaraus ou buffles nains des Philippines (Bubalus mindorensis) – un bovin classé en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature – vient d’atteindre un record depuis le lancement du programme de sauvegarde de l’espèce. Le comptage annuel a recensé 382 animaux dans une région montagneuse protégée contre 345 en 2013, a annoncé fin octobre 2014 le Fonds mondial pour la nature (WWF).

Mesurant entre 100 et 105 centimètres au garrot pour une masse oscillant de 180 à 300 kilos, le tamarau est endémique de l’île de Mindoro, aux Philippines. Il est plus petit et plus trapu que le buffle domestique (Bubalus bubalis) employé par les paysans pour labourer les rizières.

BUFFLE NAIN MALE

Buffle mâle traversant une prairie en 2012 dans le parc national du mont Iglit-Baco, dans la province philippine du Mindoro Occidental (photoGregg Yan).

Jadis, le buffle nain vivait sur l’ensemble de l’île, du niveau de la mer jusqu’aux hauts sommets à près de 1.800 mètres d’altitude. Son aire de répartition couvrait alors prairies ouvertes, vallées marécageuses, jungles de bambous et forêts clairsemées. Aujourd’hui, il occupe quelques zones isolées de forêts secondaires ou mariant prairies et forêts. Les activités humaines ont également modifié le comportement du buffle nain, autrefois diurne et désormais en partie nocturne.

« Le tamarau est une espèce phare des Philippines. Notre devoir moral et celui de la communauté internationale est de le sauver de l’extinction », a déclaré à l’AFP le garde forestier Rodel Boyles, à la tête de l’effort de sauvegarde mené conjointement par le gouvernement et des acteurs privés. « Faute de protection, l’espèce pourrait s’éteindre d’ici cinq ans », a-t-il précisé.

Patrouilles anti-braconnage

La chasse et la destruction de son habitat au bénéfice des pâtures pour le bétail ont presque eu raison du buffle nain des Philippines. Dans les années 1930, l'introduction de bovins non indigènes sur l'île avait également provoqué une épizootie de peste bovine décimant les tamaraus. Ces derniers sont passés de plusieurs milliers de spécimens au début du XXème siècle à moins d’une centaine en 1969. Six ans plus tard, la tendance s’était inversée avec 120 individus estimés. Pourtant, selon le WFF, l’effectif était seulement remonté à 154 animaux en 2000.

GROUPE DE TAMARAUS

Petit troupeau de tamaraus photographiés en septembre 2012 (photo Gregg Yan).

« Le programme de conservation s’est alors fixé comme objectifs de doubler la population à l’échéance 2005 puis d’atteindre 600 individus en 2020 », a précisé à l’AFP Gregg Yan, porte-parole local du Fonds mondial pour la nature.
Pour cela, des patrouilles sillonnent les forêts afin de prévenir le braconnage tandis que l’installation de caméras permet de mieux connaître les mœurs du rarissime buffle dont la robe chocolatée varie du brun foncé au noir. Actuellement, une équipe de 30 gardes patrouille sur les 15 hectares d’une parcelle montagneuse considérée comme le cœur de l’habitat du tamarau. « Les buffles nains sont traqués pour leur viande et restent des trophées de chasse convoités. Quand une espèce est rare, son prix sur le marché noir grimpe en flèche », relève Rodel Boyles. Les défenseurs de l’environnement ont notamment organisé des réunions avec les habitants afin de les dissuader de manger du buffle. « Les gens croient encore à tort que la chair des animaux sauvages a meilleur goût que celle des bêtes d’élevage. »

Tous ces efforts ont porté leurs fruits. Depuis douze ans, les recensements du WWF font état d’une croissance continue de la population de tamaraus. Celui de 2014 a également mis en lumière une hausse du nombre de jeunes, preuve que l’espèce se reproduit bien dans la nature alors que la tentative d’élevage en captivité initiée en 1982 a échoué. Selon l’UICN, cette dernière n’avait pas été gérée assez intensivement et avait porté sur une population trop restreinte.

Sources : AFP, WWF, UICN.