À l’initiative de Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), professeur de zoologie au Muséum national d'histoire naturelle, la Ménagerie du Jardin des plantes a été officiellement fondée le 16 mai 1794 par un arrêté du Comité de salut public.

Depuis et durant 220 ans, le plus vieux zoo au monde - après celui de Schönbrunn à Vienne en Autriche - a accueilli des milliers de pensionnaires dont certains ont acquis une notoriété hors norme. À travers objets, photographies, cartes postales, ouvrages anciens, articles de presse, vélins et autres spécimens naturalisés, une exposition retrace actuellement l’histoire de ces animaux entrés dans le panthéon zoologique parisien.

LE JOCKO

Le jocko. Histoire naturelle générale et particulière par Buffon et Daubenton (photo BnF).

Une histoire dont les prémices remontent à 1740 avec l’arrivée du premier chimpanzé vivant à Paris. Baptisé Jocko, ce primate sans doute originaire d’Angola - et que Buffon (1707-1788) prit un temps pour un orang-outan – est mort avant d’atteindre l’âge adulte. S’il ne vécut donc jamais à la Ménagerie, il serait le plus ancien spécimen naturalisé de la zoothèque du Muséum. À ce titre, il méritait donc sa place dans cette exposition pour laquelle il quittera exceptionnellement la réserve souterraine où il est soigneusement conservé.

Tragique hiver 1870

Parmi les gloires ayant été réellement hébergées à la Ménagerie figurent bien sûr la girafe offerte à Charles X par le vice-roi d'Égypte et première représentante de son espèce à fouler le sol français, les éléphants d’Asie Castor et Pollux abattus pour nourrir les habitants affamés lors du siège de la capitale fin décembre 1870, l’hippopotame Kako qui tua ses soigneurs en 1901 et 1903 ou encore le lion Woira.

ELEPHANT ABATTU EN DECEMBRE 1870

 L’un des deux éléphants abattus pour nourrir les Parisiens durant l’hiver 1870 (photo DR).

Capturé à l’âge estimé de six mois, ce lion avait été élevé parmi d’autres animaux dans la résidence du directeur de la Compagnies des Indes au Sénégal. Là, il s’était lié d’amitié avec un jeune braque de son âge. Offert à Louis XVI, le félin avait rejoint en 1788 la ménagerie royale de Versailles avec son compagnon canin. À la fermeture de celle-ci, tous deux furent transférés le 26 avril 1794 au Jardin des plantes où ils devinrent des symboles d’un amour plus fort que les différences. Victime de la gale, le chien passa de vie à trépas en 1796. Woira mourut peu de temps après, sans doute empoisonné par de la viande de cheval avariée.

HIPPOPOTAME KAKO

Carte postale du célèbre Kako, l’hippopotame tueur, dont l’enclos se trouvait dans la Rotonde de la Ménagerie (Coll. personnelle).

Nénette, vedette du grand écran

Grâce au récit de Georges Toscan (1756-1826), bibliothécaire du Muséum, Woira est devenu le premier pensionnaire de la Ménagerie échappant à l’oubli. Resté anonyme, un autre animal exceptionnel vécut pourtant à cette même époque au Jardin des plantes. Transféré de Versailles à Paris le même jour que Woira, un quagga, arrivé en France en 1784 depuis le cap de Bonne-Espérance, restera à jamais l’unique individu de sa sous-espèce (Equus quagga quagga) hébergé dans un établissement zoologique français. Victime de la chasse menée par les Boers en Afrique du Sud, cette sous-espèce du zèbre des plaines s’est éteinte le 12 août 1883 avec la mort du dernier spécimen connu, une femelle captive du zoo d’Amsterdam aux Pays-Bas.

QUAGGA

Aquarelle sur vélin de Nicolas Maréchal (1753 -1802) représentant l’étalon quagga de la Ménagerie royale de Versailles, transféré en 1794 à la Ménagerie du Jardin des plantes où il vivra près de quatre ans (photo DR).

Le parcours scénographique évoque aussi des hôtes plus récents de la Ménagerie comme Kiki, une tortue géante des Seychelles (Dipsochelys elephantina), morte le 30 novembre 2009 à 146 ans (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/05/09/27114628.html) ou Nénette, femelle orang-outan de Bornéo vedette d’un documentaire de Nicolas Philibert sorti sur grand écran en 2010.

HOTEL DE MAGNY

L’hôtel de Magny dont le rez-de-chaussée abrite le Cabinet d’Histoire (photo Ph. Aquilon).

Rendant également hommage aux hommes qui contribuèrent à la fondation de la Ménagerie, cette exposition est présentée au Cabinet d’Histoire, situé depuis son ouverture en 2008 au rez-de-chaussée de l’hôtel de Magny. Construit entre 1696 et 1700 par l’architecte Pierre Bullet, ce bâtiment fut racheté en 1787 par Louis XVI à l’initiative de Buffon, soucieux de faire entrer cette propriété et ses jardins dans l'enceinte du Jardin royal des plantes médicinales.

Exposition jusqu’au lundi 5 janvier 2015, Cabinet d’Histoire du Jardin des plantes, 57 rue Cuvier, Paris 5e

Tous les jours : 10 heures – 16 h 40 / samedi, dimanche et jours fériés : 10 heures – 17 h 40 (fermeture le mardi).

Tarifs : 3 € / 1 €.

Sources : Muséum national d'histoire naturelle, LAISSUS Y. et PETTER J-J., Les animaux du Muséum 1793 - 1993, Imprimerie nationale), 1993 208 p.