Journée historique pour les raies manta, le requin longimane, le requin-taupe commun et trois espèces de requins-marteaux : la nouvelle réglementation de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) entre officiellement en vigueur dimanche 14 septembre 2014.

Dix-huit mois après leur inscription à l’Annexe II de la Cites en mars 2013, ces espèces verront enfin leur commerce contrôlé alors que le spectre de l’extinction plane sur leurs nageoires.

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Contrôle commercial

Parfois appelée Convention de Washington, la Cites contrôle depuis 1973 le commerce des espèces animales et végétales considérées comme en danger par les scientifiques.

Lors des sessions de la Conférence des Parties (CoP), les États membres votent pour décider de l’opportunité de contrôler - et le cas échéant à quel niveau - le commerce international. Malheureusement, aux arguments scientifiques des uns répondent souvent les préoccupations économico-politiques des autres…

L’Annexe II regroupe les espèces qui, si elles ne sont pas nécessairement menacées d'extinction à l’heure actuelle, pourraient le devenir si leur commerce n'était pas étroitement contrôlé. Le commerce international des individus appartenant aux espèces figurant dans cette liste peut être autorisé. Il doit alors être couvert par un permis d'exportation ou un certificat de réexportation. En revanche, la Cites n'impose pas de permis d'importation pour ces espèces. Toutefois un tel permis peut être obligatoire dans certains États ayant adopté des mesures plus strictes que celles prévues par la Convention.

En théorie, les autorités chargées de délivrer les permis et les certificats ne doivent le faire que si certaines conditions sont remplies et surtout si elles ont l'assurance que le commerce ne nuira pas à la survie de l'espèce dans la nature.

REQUIN LONGIMANE

Requin longimane accompagné de poissons-pilotes dans le récif d'Elphinstone en mer Rouge, au large des côtes égyptiennes, en 2003. Peu d'individus de cette espèce dépassent les 3 mètres (photo OldakQuill).

Les nouveaux-venus

Les cinq espèces de requins admises à l’Annexe II lors de la seizième Conférence des parties (CoP16) de la Cites, réunie à Bangkok (Thaïlande) du dimanche 3 au jeudi 14 mars 2013, sont les suivantes :

° le requin longimane ou requin océanique (Carcharhinus longimanus), classé « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature au niveau mondial. L’UICN le considère cependant « en danger critique d'extinction » dans l'Atlantique nord-ouest et centre-ouest.

° le requin-taupe commun (Lamna nasus), aussi baptisé  « veau de mer », « maraîche » ou « requin marsouin ». « Vulnérable », ce squale au faible taux de reproduction a subi une chute considérable de ses effectifs, notamment dans l’Atlantique.

° Le requin-marteau commun ou requin marteau lisse (Sphyrna zygaena). Il bénéficie du statut  « vulnérable ».

° Le requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini), répertorié « en danger ».

° Le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran). Pouvant atteindre jusqu’à 5,5 mètres, il est aussi « en danger ».

REQUIN-MARTEAU HALICORNE

Mesurant jusqu'à 4,3 mètres pour une masse de plus de 150 kilos, le requin-marteau halicorne est identifiable, comme toutes les espèces de la famille des Sphyrnidae, à sa tête très aplatie en forme de T. Celle-ci offre une meilleure visionaux squales (photo Littlegreenman).

Toutes les raies manta ont également été admises en Annexe II. Deux espèces sont aujourd’hui reconnues par l’UICN : les raies manta résidentielles ou raies manta de récifs (Manta alfredi) évoluant à proximité des côtes, et les raies manta géantes (Manta birostris), pélagiques. Une éventuelle troisième espèce, distincte de la raie manta géante et vivant uniquement dans l’Atlantique, est l’objet de controverses scientifiques.

RAIE MANTA DE RECIFS

Raie manta de récifs à Dharavandhoo Thila, dans l’archipel des Maldives (photo Shiyam ElkCloner).

Trois pionniers des profondeurs

Tous deux classés « vulnérables », le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) et le requin-baleine (Rhincodon typus) ont été les premiers squales à figurer dans l’Annexe II, le 13 février 2003. Le 12 janvier 2005, ils ont été rejoints par le grand requin blanc (Carcharodon carcharias), également « vulnérable ».

Le 13 septembre 2009, l’Annexe II avait également inclus les sept espèces de poissons-scies ou Pristidae, appartenant comme les requins et les raies à la sous-classe des élasmobranches. Depuis, six espèces de poissons-scies avaient été transférées en Annexe I. Celle-ci interdit tout commerce international sauf lorsque l'importation n'est pas faite à des fins commerciales mais concerne, par exemple, la recherche scientifique. Dimanche 14 septembre, le poisson-scie d'eau douce (Pristis microdon) obtiendra enfin cette protection.

POISSON-SCIE D'EAU DOUCE

Poisson-scie d'eau douce en captivité à l’aquarium de Shanghai, en Chine (photo J. Patrick Fischer).

Soupes et remèdes traditionnels

La surpêche et le commerce non réglementé constituent les principales menaces planant sur l’avenir des élasmobranches, notamment celui des requins-marteaux et des raies manta. Ces raies, à la croissance lente, sont décimées pour les branchiospines, très prisées par la pharmacopée chinoise. De leur côté, les requins-marteaux sont victimes du « finning », pratique consistant à pêcher les squales afin de prélever les ailerons avant de rejeter les carcasses mutilées à la mer. Ces ailerons sont utilisés pour  la préparation de soupes dans la cuisine asiatique. Réputées pour leurs vertus thérapeutiques, ces soupes sont au contraire dangereuses pour les consommateurs, la viande de requin contenant de nombreux éléments toxiques !

Le paradoxe tient aussi à la valeur économique des requins. Selon une étude de l’Australian Institute of Marine Science menée aux Palaos – un archipel du Pacifique au nord de l’Indonésie – et publiée en 2011, un requin vivant peut s’avérer beaucoup plus rentable qu’un individu mort. Au cours de sa vie, un seul spécimen peut en effet générer près de deux millions de dollars - soit environ 1,5 million d’euros - de retombées touristiques !

AILERONS DE REQUINS

Ailerons de requins dans Dihua Street à Taipei, la capitale de Taïwan (photo Eazy traveler).

L’inscription à l’Annexe II de la Cites constitue donc une démarche positive dans l'effort global de conservation de ces espèces indispensables à la survie des écosystèmes marins.

Rejetée lors de la quinzième Conférence des parties (CoP15) de la Cites à Doha (Qatar) en 2010, l’inscription des cinq espèces de requins à l’Annexe II avait été soutenue en 2013par l'Union européenne, les États-Unis, la Colombie, les Comores, le Mexique ou encore le Brésil face à l'hostilité des principaux pays asiatiques consommateurs dont le Japon, la Chine, la Corée, Singapour et la Thaïlande mais aussi de certains pays pêcheurs comme le Danemark.

Sources : Cites, Save Our Species, Shark Alliance, UICN.