Tribu amérindienne de la côte ouest des États-Unis vivant entre le cours inférieur du fleuve Klamath et la côte Pacifique du nord de la Californie, les Yuroks tiennent le condor pour sacré. Selon leurs récits ancestraux, cet oiseau volerait le plus près du soleil et serait le meilleur messager des prières. Mais le condor de Californie (Gymnogyps californianus) ne plane plus au-dessus de la terre des Yuroks…

Durant les cinq dernières années, le Yurok Tribe Wildlife Program a donc lancé des études afin de déterminer si cet oiseau mythique pouvait être réintroduit sur la côte nord de l’État américain. Les conclusions de ces recherches s’avérant favorables, la tribu vient de recevoir l’autorisation de relâcher des oiseaux élevés en captivité dans la Redwood Coast - comtés de Humboldt et de Del Norte, où les condors n'ont plus volé depuis plus d’un siècle. En mars 2014, des représentants des Yuroks ont ainsi signé un accord avec différents organismes gouvernementaux et une organisation de sauvegarde des espèces menacées californiennes (la Ventana Wildlife Society) pour des relâchés expérimentaux.

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Mesurant 1,40 mètre de long pour une envergure de 2,90 mètres, le condor de Californie pèse entre 10 et 13,5 kilos (photo U.S. Fish and Wildlife Service).

D’après le biologiste Chris West, dirigeant le programme condor pour la tribu Yurok, ceux-ci sont programmés d’ici un à trois ans. D’ici là, le protocole des réintroductions et le lieu des relâchés doivent être établis. Pour l’heure, sept sites, situés dans l’enceinte du parc national de Redwood, des parcs d’État de Prairie Creek Redwoods, Del Norte Coast et Jedediah Smith ou sur des terres privées, sont en lice. Distants de 80 kilomètres les uns des autres, ils se trouvent pour la plupart au sud du Klamath.

Les derniers condors sauvages capturés

Pour l’US Fish and Wildlife Service, l’établissement d’une nouvelle population de condors loin des cinq sites existants dans le sud et le centre de la Californie, en Arizona et en Basse-Californie (Mexique) réduirait les risques encourus par l’espèce à l’état sauvage. Autrefois, les condors de Californie vivaient de la Colombie-Britannique à la Californie et à la Floride. Aujourd’hui, leur nombre avoisine les 400 individus, dont seulement 230 à l’état sauvage, estime John McCamman, responsable des condors pour l’US Fish and Wildlife de Sacramento. « Ils sont 407 exactement dont 128 sauvages en Californie, » précise Kelly Sorenson, directrice exécutive de la Ventana Wildlife Society. « Et ils n’étaient que 22 en 1982, » rappelle M. McCamman.

PARC NATIONAL DE REDWOOD

Le littoral du Pacifique dans le parc national de Redwood (photo National Park Service).

En 1983, le premier poussin né en captivité avait éclos d'un œuf pondu dans la nature, après incubation artificielle au zoo de San Diego. En 1985, la population sauvage tomba à neuf individus : pour sauver l’espèce de la disparition, la capture de tous les spécimens sauvages fut alors décidée et le dernier condor en liberté fut capturé en 1987. L’année suivante, le premier poussin conçu en captivité vit le jour au Wild Animal Park de San Diego, rebaptisé depuis San Diego Zoo Safari Park. Et en 1992, les premiers condors élevés en captivité furent réintroduits dans la nature. L’aire de distribution actuelle de l’espèce correspond aux zones de réintroduction : les montagnes de la Californie et le nord de l’Arizona, notamment le parc national du Grand Canyon où six oiseaux ont été relâchés en 1996. Le condor de Californie est toujours classé en danger critique d'extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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Utilisant les courants aériens ascendants, le condor de Californie peut voler jusqu’à 80 km/h et parcourir plus de 160 kilomètres par jour pour se nourrir. Ici un spécimen adulte survolant le parc national de Zion dans l’Utah (photo PhilArmitage).

Quand le plomb tue par ricochet

Chris West souhaiterait dans un premier temps libérer un couple d’adultes matures puis jusqu’à six jeunes oiseaux. Tous seront équipés de minuscules émetteurs radio sur les ailes et la queue, permettant aux biologistes de les suivre sur les terrains. Certains rapaces seront aussi dotés de balises GPS transmettant leur position aux biologistes. Ce dispositif facilite la surveillance du saturnisme, l’intoxication aiguë ou chronique par le plomb. Selon les spécialistes, l’ingestion de grenaille de plomb ou de fragments de balles se trouvant dans les carcasses animales dont se nourrit ce charognard constitue la principale menace planant désormais sur le condor sauvage. Le condor consomme en effet les cadavres en commençant le plus souvent par l’orifice d’entrée de la balle lorsque l’animal a été tiré à la chasse. Les condors seraient plus sensibles au plomb que les autres rapaces car ils ne régurgitent pas les plumes, les os et les autres fragments ou les objets indigestes qu’ils ingèrent. Or les plumes comme les os fixent et accumulent le plomb non excrété.

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Le condor de Californie est la seule espèce du genre Gymnogyps. Son espérance de vie atteint le demi-siècle. Les femelles pondent un unique œuf tous les deux ans environ. Ici, un oisillon né en captivité et nourri grâce à une marionnette en forme de tête de condor (photo San Diego Zoo, Ron Garrison, U.S. Fish and Wildlife Service).

Les 600.000 dollars de subventions allouées par l’US Fish and Wildlife ont permis de conduire les recherches sur le futur habitat des condors, d’effectuer des prélèvements sanguins sur des urubus à tête rouge (Cathartes aura) afin d’évaluer la menace du saturnisme et de mesurer les taux de DDT sur des lions de mer morts et échoués sur des plages. Afin de compléter le financement du gouvernement fédéral, les Yuroks doivent développer le financement privé pour couvrir le coût annuel du projet, estimé à quelque 400.000 dollars. Outre la réintroduction du condor, la tribu participe d’ailleurs aux efforts menés pour accroître le nombre de saumons et améliorer la santé des forêts.

« Les concentrations en plomb relevées sur les vautours urubu étaient plus faibles que partout ailleurs dans l’aire de répartition du condor », souligne M. West. La contamination au DTT serait également moins élevée dans cette zone. Dans les années 1960 et 1970 et à l’instar des aigles, les condors de Californie étaient devenus incapables de faire éclore leurs œufs dont les coquilles étaient devenues trop minces à cause du DDT.

Afin de favoriser la diversité génétique, les oiseaux retenus pour la réintroduction dans le nord de la Californie seraient originaires des précédents sites de relâchés mais aussi de programmes de sauvegarde en captivité menés dans l'Oregon, l'Idaho et la Californie.

Sources : Fox News, LA Times, Wikipédia.