Une équipe internationale de chercheurs dirigée par des scientifiques de l'Université hébraïque de Jérusalem et du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) de Berlin a examiné l'incidence des malformations du crâne à l’origine de maladies neurologiques et d’une mortalité accrue chez le lion (Panthera leo). Celles-ci seraient provoquées par une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Ces résultats viennent d’être publiés dans la revue PLoS ONE.
Les scientifiques ont étudié la morphologie de 575 crânes de lions détenus dans les collections de musées d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Ils ont comparé la présence des malformations crâniennes et le statut des animaux, morts en captivité ou dans leur milieu naturel. Par ailleurs, les chercheurs ont confronté ces données avec celles concernant des crânes de tigres, prédateurs carnivores de taille comparable. Alors que la fréquence des malformations relevées sur les crânes de tigres est similaire au sein des populations sauvages et captives, des différences notables ont été relevées chez les lions.

Des malformations plus fréquentes en captivité

Le roi des animaux se reproduit bien en captivité. Pourtant des taux élevés d’individus mort-nés, de morbidité et de mortalité des nouveau-nés et des jeunes spécimens ont été signalés. Un grand nombre de cas ont été attribués à des malformations osseuses du crâne, dont le rétrécissement du foramen magnum -orifice à l'arrière du crâne par lequel la moelle épinière se connecte au cerveau, susceptible d’engendrer des maladies neurologiques associées.

CRANES LIONS

À gauche, le crâne d’un lion présentant une croissance osseuse anormale rétrécissant le foramen magnum. À droite, le crâne d’un spécimen exempt de malformations avec une ouverture normale du foramen magnum (photos Dr. Merav Shamir).

D’après les travaux conduits par les chercheurs de l'Université de Jérusalem et de l’IZW de Berlin en collaboration avec l’Université d'Oxford, le parc zoologique de Tel Aviv-Ramat Gan et des vétérinaires de la société BluePearl à New-York, seulement 0,4 % des crânes de lions vivant dans la nature présentaient un rétrécissement du foramen magnum, alors que la probabilité de découvrir cette malformation dans des crânes de lions captifs (15,8%) était quarante fois plus élevée. En outre, ces recherches ont révélé que les crânes des lions élevés en captivité étaient plus larges mais de moindres volumes.

Une cause encore mystérieuse

En l’absence de toute analogie chez les tigres, ces conclusions suggèrent un lien entre les conditions d'élevage et une prédisposition héréditaire des lions.  « Les modifications morphologiques constatées sur de nombreux crânes de lions captifs laissent penser que certains individus sont morts parce que leur cerveau postérieur et leur moelle épinière ont été comprimés par une formation osseuse crânienne anormale et excessive, entraînant de graves anomalies neurologiques», explique le Dr Merav Shamir de l'Université hébraïque de Jérusalem. « Il serait intéressant de savoir s’il s’agit d’un phénomène propre au lion. Pour cela, il faudrait  élargir cette étude à d’autres grands félins »,  renchérit le Dr Nobuyuki Yamaguchi de l'Université d'Oxford.

LION EN CAPTIVITE

Lion en captivité au zoo du Bassin d’Arcachon à La Teste-de-Buch (Gironde) en mai 2013 (photo Ph. Aquilon).

Ces anomalies crâniennes chez les lions captifs ont été constatées dès le XVème siècle et ont fait l’objet de nombreuses recherches depuis. «Pourtant, relève le Dr Joseph Saragusty de l'Institut Leibniz, la cause de ces changements morphologiques n'est toujours pas connue. Des investigations plus poussées sont nécessaires afin de réduire la présence de cette maladie et de limiter la mortalité des lions en captivité ».

Sources : ScienceDaily, SARAGUSTY Joseph, SHAVIT-MEYRAV Anat, YAMAGUCHI Nobuyuki, NADLER Rona, BDOLAH-ABRAM Tali, GIBEON Laura, HILDEBRANDT Thomas B., SHAMIR Merav H., « Comparative Skull Analysis Suggests Species-Specific Captivity-Related Malformation in Lions (Panthera leo)», in PLoS ONE, avril 2014.