De récentes recherches sur les crânes des pandas roux et géants éclairent d’un jour nouveau la coexistence de ces deux espèces asiatiques. Selon une étude menée par des chercheurs du Muséum américain d'histoire naturelle et de l’Université de Malaga en Espagne, la morphologie crânienne de ces animaux justifie techniquement leurs préférences alimentaires et donc leur cohabitation.

Bien que non étroitement apparentés, le panda roux (Ailurus fulgens) et le panda géant (Ailuropoda melanoleuca), dont les aires de répartition se chevauchent dans les montagnes du centre de la Chine, consomment principalement la même espèce de bambou. Or des scientifiques ont découvert que leurs crânes présentent des différences structurelles liées à leur façon de mâcher et reflétant leurs préférences alimentaires. Le panda roux se nourrit ainsi des parties tendres de la plante tandis que le panda géant apprécie les tiges dures.

PANDA GEANT

Chaque jour, le panda géant consacre près de 14 heures à s'alimenter. Il consomme quotidiennement jusqu’à 20 kilos de bambous, son régime alimentaire étant constitué à 95 % de végétaux et à 5 % de viande. Ici, l’un des deux pandas visibles en France au ZooParc de Beauval (photo Ph. Aquilon).

Pour les chercheurs, ces liens entre préférences alimentaires et performance de crâne fournissent une base technique expliquant la coexistence des deux espèces de pandas.

À chacun sa famille

« Un principe de base en écologie veut que deux espèces utilisant des ressources identiques ne puissent vivre dans un même espace car la concurrence serait alors trop forte », rappelle Jack Z. Tseng, l’un des auteurs de l’étude publiée en mars 2014 dans la revue Biology Letter. « Nous avons démontré qu’en raison de la structure même de leur crâne, le petit et le grand pandas ne peuvent pas consommer les mêmes choses. »

PANDA ROUX

Composée au deux tiers de bambous, l’alimentation du panda roux comprend aussi des fruits, des champignons, des racines, des glands ou encore du lichen. À l’occasion, le petit panda consomme également des œufs, des oisillons, des poissons et des insectes. Classée vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature, cette espèce est notamment hébergée au zoo de La-Boissière-du-Doré (photo Ph. Aquilon).

Environ 40 millions d’années d’évolution séparent le petit panda du panda géant. Comme les ours, ce dernier appartient à la famille des Ursidae. Un panda géant adulte pèse entre 75 et 160 kg, les femelles étant généralement plus petites que les mâles.

En revanche, le panda roux est l’unique représentant encore vivant de la famille des Ailuridae, laquelle fait partie de la super-famille des Musteloidea comprenant également les Procyonidae -comme le raton laveur ou le coati, les Mustelidae -telles la loutre, la martre ou l’hermine, et les Mephitidae regroupant les quatre genres de mouffettes. Chez le panda roux, la masse du mâle oscille entre 3,5 et 6,2 kg, celle des femelles variant de 3 à 6 kg.

CRANE DE PANDA ROUX

Crâne de panda roux au Beaty Biodiversity Museum de Vancouver, au Canada  (photo Eviatar Bach).

Répartition des forces

Les chercheurs ont utilisé la tomodensitométrie (TDM) et les rayons X pour créer, en haute résolution et en trois dimensions, des modèles des crânes et des dents des pandas. En s’appuyant sur ces données, ils ont conçu par ordinateur des simulations de morsures afin d’étudier la biomécanique des crânes. Bien que ceux-ci, robustes et mobiles, présentent d’importantes similitudes et soient adaptés à divers types de mastication, des différences significatives ont été mises en lumière.

CRANE DE PANDA GEANT

 

Crâne de panda géant au National Museum of Natural History de Washington, aux États-Unis (photo ZeWrestler).

Le crâne du panda roux présente une meilleure distribution des contraintes mécaniques lors de la mastication. Toutefois, même en tenant compte de l’écart de taille entre les deux espèces, le crâne du panda géant est capable de résister à des forces plus élevées, plus localisées et potentiellement dommageables.

« Ces différences expliquent la façon dont ces espèces utilisent en fait le bambou », souligne Jack Z. Tseng. « Le panda géant est un mangeur moins raffiné : il mastique et déglutit beaucoup. Son crâne globalement plus solide lui permet de consommer des morceaux plus durs et plus gros. Celui du petit panda répartit mieux les contraintes et autorise l’animal à mâcher plus longtemps et à mieux broyer les feuilles des bambous tendres avant de les avaler. »

Sources :FIGUEIRIDO B., TSENG Z. J., SERRANO-ALARCON F. J., MARTIN-SERRA A., PASTOR J. F., « Three-dimensional computer simulations of feeding behaviour in red and giant pandas relate skull biomechanics with dietary niche partitioning », in Biology Letters, 2014, ScienceDaily.