Un ver plat appartenant à une espèce inconnue en Europe constitue une menace pour la biodiversité du Vieux Continent s’il se vient à se répandre dans la nature.

Originaire de Nouvelle-Guinée et jusqu'à présent confiné à la région Indo-Pacifique, ce ver appartient à l’une des « 100 espèces envahissantes les plus néfastes au monde » selon Jean-Lou Justine, professeur de zoologie au Muséum National d'histoire naturelle de Paris. Huit spécimens  de Platydemus manokwari viennent d’être identifiés dans une serre du Jardin des Plantes de Caen (Calvados).

VER PLAT DE NOUVELLE-GUINEE MANGEANT UN ESCARGOT

Un ver de Nouvelle-Guinée dévorant un escargot (photo http://bit.ly/Plathelminthe)

Ce vers exotique s’attaque notamment aux escargots. « Partout où Platydemus manokwari s'est installé, il a détruit toute la faune d'escargots autour de lui », précise M. Justine. « Mais c'est pire que ça, » relève le scientifique dans un entretien accordé à l’AFP. « Ce ver va d’abord manger les escargots puis tout ce qui se trouve sur le sol et qui est mou, comme les vers de terre » assure ce spécialiste des parasites, à l'origine d'un programme de science collaborative de repérage de ces vers terrestres invasifs, extrêmement friands des précieux lombrics.

Très plat, le ver de Nouvelle-Guinée atteint 5 cm de long et 5 mm de large. La couleur de son dos est colive noire avec une bande centrale claire. Son ventre est plus clair.

D’autres vers colonisent déjà l’Hexagone

La découverte de l’équipe du professeur Justine a été publiée hier, mardi 4 mars 2014, dans la revue de biologie PeerJ. Pour les auteurs, il est urgent de prévenir la prolifération de cette espèce en Europe, en raison de la menace qu'elle constitue pour la biodiversité.

Une invasion d’une autre espèce de ver plat, Arthurdendyus triangulatus, natif de Nouvelle-Zélande, s’est produite dans les années 1960 dans le nord des îles britanniques. Selon les chercheurs, ce ver a provoqué "d'importantes diminutions des populations de vers de terre" entraînant une possible une baisse de la fertilité des sols. Heureusement, A. triangulatus ne supporte guère la chaleur et son potentiel invasif reste donc limité.

VER PLAT DE NOUVELLE-ZELANDE

Spécimen d’Arthurdendyus triangulatus (photo Mark Atkinson).

En revanche, le ver identifié à Caen appartiendrait à « une espèce de montagne vivant naturellement dans les zones alpines jusqu'à subalpines, les zones tempérées fraîches et chaudes et même dans les climats tropicaux ». Il est donc susceptible d’envahir pratiquement toute la moitié sud de l'Europe.

Des attaques en « bande organisée »

Dans la région Pacifique, cet animal a été introduit volontairement comme agent biologique afin de contrôler des foyers d'un escargot ravageur. En effet, il serait capable de suivre les traces d'escargots, de grimper aux arbres pour dénicher ses proies et même d'attaques grégaires « en bande organisée ».« Il a manifestement eu un impact sérieux sur la biodiversité des populations d'escargots indigènes dans la région du Pacifique », estiment les scientifiques.

Toutefois, ce ver présente un point faible, sa lenteur.« Mais il suffit de déplacer un pot de fleurs qui en contient pour le répartir très, très rapidement », prévient le Pr Justine. Celui-ci pointe du doigt la cause de ces invasions : « La mondialisation, c'est-à-dire le transport effréné de marchandises, avec des contrôles insuffisants, d'un bout à l'autre de la planète. »

VER PLAT DE NOUVELLE-GUINEE

Un Platydemus manokwari  photographié au Japon. La tête se trouve sur la droite (photo Shinji Sugiura).

Des vers plats terrestres non-indigènes, principalement des espèces de l'hémisphère sud, ont été signalés dans 13 pays européens. Le Royaume-Uni en compte au moins une douzaine.

Sur son site internet (https://sites.google.com/site/jljjustine/home), le Pr Justine recense en France, outre Platydemus manokwari, six espèces invasives. La plus répandue, connue sous le nom de « marron-plate » et se nourrissant de vers de terre, est actuellement présente dans 21 départements. « On ne l'arrêtera plus. Elle risque de devenir un problème majeur. »

Les espèces européennes indigènes sont beaucoup plus petites que les espèces importées. Elles mesurent de 1 à 2 cm de long pour 1 mm de diamètre. « Très discrètes », elles sont considérées comme nécrophages.

L’étude publiée par PeerJ peut être consultée dans sa version anglaise à l’adresse suivante : https://peerj.com/articles/297/

Pour télécharger l’article complet en français, il convient de cliquer sur http://dx.doi.org/10.7717/peerj.297 puissur « Supplemental Information » dans la colonne de gauche et enfin sur le lien suivant : « Le ver plat de Nouvelle-Guinée Platydemus manokwari en France, première mention en Europe : il faut agir maintenant. »

Pour contribuer à la recherche sur les vers plats, le Pr Justine peut être contacté par mail (justine@mnhn.fr) ou par téléphone (+33 (0)171214647)

Sources : AFP, PeerJhttps://sites.google.com/site/jljjustine/home