Le prix national 2014 de la Fondation du Patrimoine pour l’agro-biodiversité animale sera remis jeudi 27 février 2014 à 18 heures au Salon de l’Agriculture, en présence de Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.

Comme lors de la précédente et première édition, le jury a décidé de scinder le prix entre trois lauréats.

FONDATION DU PATRIMOINE 2014

(Photo Fondation du Patrimoine)

Mouton avranchin et écopâturage

Doté de 10 000 €, le 1er prix a été décerné à Matthieu Pires, éleveur de moutons avranchins, race ovine menacée que ce jeune éleveur valorise à travers un projet original de « fermes mobiles ». En avril 2013, Matthieu Pires a créé la ferme de Milgoulle à Nouvoitou, en Ille-et-Vilaine. Cette structure itinérante entretient des espaces naturels et des zones humides grâce à l’écopâturage en respectant la portance du sol ainsi que la faune et la flore locales. L’éleveur a naturellement opté pour deux races régionales, la vache armoricaine et le mouton avranchin.

Ce dernier est issu de croisements entre les moutons du Cotentin et des béliers de diverses races anglaises. La race a été définitivement fixée vers 1900.

Plutôt grand, le mouton avranchin arbore une toison blanche serrée et assez abondante, recouvrant le front et les joues. Large et courte, sa tête est dépourvue de cornes. La masse de la brebis oscille entre 80 et 90 kg, le bélier pouvant peser jusqu’à 110 kg.

MOUTONS AVRANCHINS

(Photo Fondation du Patrimoine)

Les effectifs de la race, bénéficiant d’un livre généalogique (flock book) depuis 1928, n’ont jamais été très importants et ont considérablement diminué entre 1960 et 1980. L’implantation d’un troupeau dans le Cher a toutefois permis le renouveau de la race. Aujourd’hui, quelque 220 brebis sont soumises au contrôle de performance. En collaboration avec la race cotentine, un centre d’élevage de jeunes mâles a été créé. Il gère l’attribution des reproducteurs dans les élevages afin de favoriser la variabilité génétique du mouton avranchin et le maintien du type racial.

Prolifique et rustique, cette race à vocation bouchère est toujours présente dans la partie méridionale de la Manche, son berceau d’origine, autour d’Avranches et de la baie du Mont-Saint-Michel. Elle s’est aussi diffusée, en nombre limité, dans le Calvados, l’Ille-et-Vilaine, l’Eure et le Cher.

La chèvre des fossés, sauvée in extremis

Le 2ème prix, avec ­­6 000 € à la clef, a été attribué à l’Association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des fossés. Le jury a apprécié l’originalité de son dossier, axé sur la gestion de la race et des espaces naturels via l’écopâturage.

Également connue sous les noms de chèvre de l’Ouest ou de chèvre des talus, cette chèvre aux origines très anciennes était autrefois très commune au bord des routes et des chemins de l’Ouest de la France, de la Normandie jusqu’en Bretagne. Moins productive que la chèvre alpine, la chèvre des fossés a pourtant frôlé l’extinction. Seule une centaine d’individus subsistaient encore les années 1980.

Heureusement, en 1989, le Conservatoire du littoral découvrit un troupeau retourné à l’état sauvage à l’extrémité de la presqu’île du Cotentin. La race a pu se reconstituer à partir de ce troupeau féral. Si, en 2000, seuls 35 mâles et 80 femelles étaient encore recensés, les effectifs ont considérablement augmenté en l’espace d’une décennie, puisqu’en 2011 ils s’élevaient à quelque 750 femelles et 250 boucs.

La chèvre des fossés a été d’ailleurs reconnue comme race à part entière par le Ministère de l’Agriculture en 2005. Deux ans plus tard,  l'Association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des fossés voyait le jour.

CHEVRES DES FOSSES

(Photo Fondation du Patrimoine)

La cryoconservation a joué un rôle important dans la sauvegarde de la race, séduisant désormais un nombre croissant d’éleveurs. Une pépinière associative de boucs a été créée à leur intention. Après deux ans d’élevage, les boucs sont revendus aux éleveurs adhérents. Ceux-ci reçoivent ainsi des géniteurs d’excellente qualité et les gênes sont diffusés de façon optimale au sein du cheptel. Le suivi génétique de la race est assuré par l’Association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des fossés et l’Institut de l’élevage.

De taille petite à moyenne, la chèvre des fossés mesure 80 cm au garrot pour une masse de 30 à 40 kg. Le bouc atteint 1 m sous la toise et pèse entre 50 et 60 kg. Dotée d’un poil long légèrement ondulé, la chèvre des fossés présente une grande variété de robes, toutes les couleurs étant admises. Elle possède aussi de longues cornes.

Réputées attachantes et proches de l’homme, les femelles sont souvent choisies comme animaux de compagnie. En outre, la race est bien adaptée aux régions humides et au climat océanique de l’Ouest de la France où elle peut vivre en extérieur toute l’année.

La moitié des élevages se trouve en Bretagne et un quart en Normandie. La race est hébergée à l’écomusée de Rennes.

La brebis brigasque, une montagnarde au bord du gouffre

Enfin le 3ème prix de 4 000 € récompense l’Association de sauvegarde des éleveurs de brebis brigasques, qui veille sur l’avenir de la race en gérant notamment les risques de consanguinité inhérents au nombre réduit de troupeaux souches.

Race à très faibles effectifs et menacée de disparition, la brebis brigasque n'a jamais été très répandue en France. Originaire de la Haute vallée de la Roya, près de la frontière italienne et du col de Tende, elle serait le fruit de croisements entre la population locale de « la petite brigasque » et deux races italienne : la delle langhe, très proche de la brigasque, et la fabrosa ou fabrosana-roaschina. La brebis brigasque aurait également était croisée avec des animaux de la race transalpine bergamasque jusque dans les années 1940.

Unique brebis laitière en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la brigasque se distingue par son profil busqué, très prononcé chez le bélier. Les deux sexes portent des cornes. La toison est généralement blanche mais certains spécimens présentent des zones brunes ou rougeâtres sur la tête et les pattes.

Race de grande taille avec des membres longs et forts, la brebis brigasque pèse entre 60 à 70 kg, le bélier affichant de 80 à 90 kg sur la balance. Peu abondante, la toison donne une laine grossière. Le lait est utilisé pour  fabriquer la tomme de Brigue ou du fromage frais. Les brebis sont fécondes et la race est réputée pour sa rusticité et son aptitude à la transhumance.

BREBIS BRIGASQUES

(Photo Fondation du Patrimoine)

Avant la Seconde Guerre mondiale, la population de brebis brigasques ne dépassait déjà pas quelques milliers d'individus. En 1983, elle se limitait à 1 000 têtes avant de tomber à 600 spécimens quelques années plus tard. Parmi les contraintes auxquelles sont exposés les éleveurs du cru figurent notamment la réduction des pâturages d'hiver sur la Côte d'Azur, les contraintes de la transhumance et les difficultés de circulation. Actuellement, le cheptel serait d’environ 1 000 brebis.

La race compte une vingtaine d'éleveurs en Italie (essentiellement dans le Piémont mais aussi en Liguri, contre huit  dans l’Hexagone dans les départements des Alpes-Maritimes, du Var et de l’Ardèche. Seuls quatre troupeaux français étaient jusqu’à présent considérés comme économiquement viables. Toutefois, des projets d’installation seraient en cours, laissant augurer d’un avenir plus serein pour la race.

Sources : Fondation du Patrimoine, DUBOIS Philippe J., PÉRIQUET Jean-Claude, ROUSSEAU Élisa, Nos animaux domestiques, Le tour de France d’un patrimoine menacé, Delachaux et Niestlé, 2013, 305 p..

Liens :

Ferme de Milgoulle : https://www.wedogood.co/campaigns/la-ferme-de-milgoulle

Association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des fossés : http://www.chevredesfosses.fr