La nouvelle semble à peine croyable et est d’ores et déjà présentée comme l’une des découvertes zoologiques majeures du XXIème siècle : une nouvelle espèce de tapirs vient d’être identifiée au Brésil et en Colombie !

TAPIR KABOMANI 02

Un couple de « tapirs kabomani » immortalisé par un piège photographique avec la femelle à gauche et le mâle à droite (photo courtesy Fabrício R. Santos).

Baptisé Tapirus kabomani (en référence à son nom en langue paumari), ce cinquième représentant de la famille des tapiridés est aussi le plus petit, avec un masse d’environ 100 kg contre plus de 300 kg pour le tapir du Brésil, espèce dont il serait le plus proche parent. Le « tapir kabomani » s’en distingue également par la forme de son crâne, une crête sagittale moins proéminente et des pattes plus courtes. Autant de caractéristiques susceptibles de lui valoir le surnom de tapir pygmée ou nain. Les chasseurs de la tribu des Karitiana le désignent, eux, comme le « petit tapir noir » à cause de son pelage sombre.

Connu de longue date par les Indiens

Des  recherches génétiques ont révélé que le « tapir kabomani » s’est séparé du tapir brésilien, dont il partage une partie de l’habitat, voici quelque 300.000 ans. En outre, ces travaux ont mis en évidence une proximité plus étroite entre tapir du Brésil et tapir des montagnes (Tapirus pinchaque) qu’entre tapir du Brésil et « tapir kabomani » ! Celui-ci  est le plus commun dans le cours supérieur du rio Madeira où se mêlent forêts et savanes. Dès lors qu’un des deux écosystèmes prédomine, l'espèce devient plus rare. Dans l’article paru par le Journal de Mammalogie (Journal of Mammalogy), les scientifiques à l’origine de cette découverte suggèrent que l’espèce aurait évolué durant les périodes sèches du Pléistocène, marquées par une fragmentation du milieu forestier.

TAPIR TERRESTRE

Femelle tapir du Brésil – ou tapir terrestre – en son petit en captivité en 2013 au parc zoologique du Cerza (photo Ph. Aquilon).

Pour Mario Cozzuo, principal auteur de cette étude, « les peuples autochtones évoquent depuis longtemps cette autre espèce de tapir ». «  Pourtant la communauté scientifique a toujours prétendu qu’il s’agissait simplement du tapir du Brésil », souligne le paléontologue enquêtant depuis près d’une décennie sur ce mystérieux tapir, le premier de son genre (Tapirus) découvert depuis 1865 et le premier représentant de l’ordre des périssodactyles révélé au monde depuis près d’un siècle.

TAPIR KABOMANI

Outre sa taille réduite, la nouvelle espèce se distingue par un pelage sombre (photo courtesy Fabrício R. Santos).

Sitôt découvert, sitôt menacé

Les quatre espèces de tapirs déjà connues sont toutes considérées comme menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En Asie, le tapir à chabraque (Tapirus indicus) est classé en danger, c’est-à-dire confronté à un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage. Il en va de même, en Amérique centrale et du Sud, pour le tapir de Baird (Tapirus bairdii) et le tapir des montagnes (Tapirus pinchaque). Le tapir du Brésil ou tapir terrestre est, lui, dit vulnérable, statut indiquant un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

TAPIR INDIEN

Spécimen de tapir à chabraque ou tapir de Malaisie en 2013 au parc zoologique du Cerza (photo Ph. Aquilon).

Pour Fabrício R. Santos, coauteur de l’étude et professeur d’écologie à l'Université fédérale du Minas Gerais (Brésil), le « tapir kabomani » » s’avère certainement bien plus menacé encore que le tapir du Brésil à cause de sa rareté comme de la superficie réduite de son aire de répartition. Outre la déforestation et la pression anthropique, son habitat est l’objet d’importants projets de construction routière et deux grands barrages y ont déjà été érigés. Aussi, le prochain objectif des scientifiques consistera à établir l'état de conservation de la nouvelle espèce.

Sources : Journal of Mammalogy, Mongabay.com, UICN.