Disparu des forêts suisses depuis le Moyen Âge, le bison d’Europe pourrait y brouter de nouveau. En effet, selon une dépêche de l'Agence Télégraphique Suisse publiée vendredi 13 décembre 2013, un groupe de scientifiques songe à réintroduire des bisons sauvages dans les monts du Jura.

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Jeune bison d’Europe en captivité en 2011 au parc animalier du Thot en Dordogne (photo Ph. Aquilon).

Jadis très répandu sur tout le continent européen à l’exception des îles britanniques, des parties méridionales de l’Italie et de la péninsule ibérique comme de la Norvège et de la Suède, le bison d’Europe a progressivement disparu de son habitat naturel. Le dernier spécimen de la sous-espèce de plaine (Bison bonasus bonasus) survivant à l’état sauvage aurait été abattu en 1919 dans une forêt polonaise. Heureusement, 54 de ces bisons survivaient à la fin des années 1920 dans quelques parcs zoologiques du Vieux continent. Sur ces 29 mâles et 24 femelles, seuls 13 se sont reproduits et l’actuelle population descendrait de 7 animaux uniquement. Cette variabilité génétique très faible serait d’ailleurs à l’origine d’anomalies dans la population actuelle. Quant à la sous-espèce dite des montagnes du Caucase (Bison bonasus caucasinus), elle s’est éteinte même si une ligné d’individus hybrides, fruit de croisements entre Bison bonasus bonasus et Bison bonasus caucasicus a été sauvegardée.

Disparu depuis dix siècles !

Le bison d’Europe aurait disparu de Suisse au XIème siècle, près de 300 ans après s’être éteint sur le sol français. Les recherches sur l’histoire de l’exploitation forestière en Suisse, où  des défrichements à grande échelle sont avérés dès les VIIIème et IXème siècles, confortent cette hypothèse. Les découvertes archéologiques d’os de bisons sur cinq sites lacustres du Néolithique dans les cantons de Thurgovie, Berne et Zurich, apportent la preuve de la présence du bison en Suisse à la fin de la Préhistoire. En revanche, le bison a survécu jusqu’au XVIIème siècle en Allemagne, premier pays d’Europe occidentale à avoir réintroduit des bisons en liberté. Le 11 avril 2013, huit bisons européens ont en effet été relâchés dans un domaine de 4 000 hectares à Bad Berleburg dans le massif du Rothaargebirge, région de moyenne montagne située à 200 km de la frontière hollandaise.

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Bisonne allaitant son bisonneau au Domaine des grottes de Han en Belgique. L’une des bisonnes élevées dans ce parc fait partie de la harde relâchée en liberté au printemps dernier en Allemagne (photo GrottesdeHan).

Pour l’heure, les partisans de la réintroduction du plus grand mammifère terrestre européen dans l’arc jurassien suisse n’ont aucun projet concret dans leurs cartons. La première étape consiste déjà à trouver un nombre suffisant de propriétaires terriens intéressés par l’idée.

Directeur du réseau des parcs suisses à partir du 1er janvier 2014, le zoologue Christian Stauffer avance l’idée d’une acclimatation des bisons dans de vastes enclos avant leur éventuelle réintroduction dans la nature à l’échéance d’une décennie. Au regard des superficies disponibles, l’ancien directeur du Wildpark Langenberg (canton de Zurich) estime que plusieurs centaines de bisons pourraient vivre en liberté sur le territoire de la Confédération suisse.

Principal danger : la route

Aucune demande d’autorisation, préalable indispensable pour espérer réintroduire une espèce sauvage, n’a encore été déposée. Toutefois, interrogé sur les ondes de la radio SRF1, le chef de la section Faune sauvage et biodiversité en forêt, à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), a déclaré possible le retour des bisons si la population les accepte. Or les expériences de réintroduction menées notamment en Pologne ont démontré que les animaux ne présentaient guère de danger pour l’homme, le risque majeur étant celui de collisions avec les voitures. Une question pourtant susceptible de refroidir les autorités, comme l’a révélé le cas de Georges, le célèbre chamois des gorges du Seyon (canton de Neuchâtel), un temps menacé d’abattage parce que broutant trop près de la route. Avant toute autorisation de l’OFEV, les cantons concernés doivent aussi soutenir la demande et les propriétaires de forêts faire part de leur accord.

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Le bison d’Europe bénéficie d’un programme européen d’élevage pour les espèces en danger (EEP) géré par le Highland Wildlife Park de Kingussie, en Écosse. Ici, en 2012, des spécimens confiés au Domaine zoologique de Pescheray dans la Sarthe (photo Ph. Aquilon).

En Suisse, le bison d’Europe est notamment élevé au parc zoologique Dählhölzli de Berne, au Parc Naturel et Animalier de Goldau (canton de Schwytz), au Wildpark Langenberg de Langnau am Albis (canton de Zurich) et au Wildpark Bruderhaus de Winterthur (canton de Zurich).

Enrichir le patrimoine génétique

Par ailleurs, en octobre 2013, la création d’une cellule de conservation du bison d’Europe dans les bois de Suchy (canton de Vaud) a obtenu un accord de principe de la conseillère d’État chargée de l’environnement. Bénéficiant du soutien de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) dans le cadre du programme de protection du bison d’Europe des plaines, ce projet prévoit l’accueil de sept à dix animaux sur 120 hectares. Trois parcs de 40 hectares seraient alternativement mis à disposition de la harde afin de limiter l’impact des ruminants sur l’écosystème. Cette cellule de conservation entend développer le patrimoine génétique de l’espèce et limiter les effets de la consanguinité. Le coût du projet s’élève entre 800 000 et un million de francs suisses (entre 655 000 et 820 000 €) pour les frais d’installation, ceux de fonctionnement étant estimés dans une fourchette de 300 000 et 400 000 francs suisses (soit de 245 000 à 330 000 €) par an.

Le bison d’Europe est classé vulnérable par l’UICN, c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

Sources : ATS, Le Matin, 24 Heures, Zootierliste, www.wildtier.ch, RTBF, Wikipédia.