Quatre diables de Tasmanie viennent d’être transférés du Taronga Western Plains Zoo, en Australie, au zoo de San Diego, aux États-Unis, a annoncé mardi 8 octobre 2013 le parc californien. Celui-ci devient l’unique établissement américain à accueillir cette espèce classée « en danger », c’est-à-dire confrontée à un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage, selon l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).

Les quatre marsupiaux (une femelle baptisée Usmar et trois mâles dénommés Bradley, Bixby et De-Vos) ont été placés en quarantaine pour trente jours. Jeudi 24 octobre, ils rejoindront la zone du zoo consacrée à l’outback australien.

DIABLE DE TASMANIE 01Plus grand marsupial carnivore australien après la disparition du tigre de Tasmanie, le diable de Tasmanie pèse en moyenne  6 kg pour les femelles et 8 kg pour les mâles. Plus grands, ces derniers mesurent jusqu’à 65 centimètres de long (photo JJHarrison).

Grâce à ses rarissimes pensionnaires, le parc nord-américain souhaite attirer l’attention de l’opinion publique sur le sort des diables de Tasmanie (Sarcophilus harrisii) et rallier de nouveaux soutiens financiers à la cause de ce marsupial. Le zoo de San Diego participe désormais au plan de sauvegarde « Save the Tasmanian Devil Program », lancé voici une décennie par le gouvernement australien pour combattre l’épizootie ravageant les populations de diables de Tasmanie.

Un cancer contagieux décime les diables

Apparu en 1996 dans le parc national du Mont William, au nord-est de la Tasmanie, le « Devil Facial Tumour Disease » (ou DFTD) se caractérise notamment par une tumeur de la face évoluant en cancer. Les individus touchés meurent en quelques mois. Ce cancer contagieux, sans doute transmis par morsure, affecterait 65 % de l’aire de répartition des diables de Tasmanie. Seuls la côte Ouest et l’extrême nord-ouest de l’île seraient épargnés par cette épizootie.

DIABLE DE TASMANIE 04Le diable de Tasmanie arbore un pelage noir avec de fréquentes taches blanches sur la poitrine et la croupe. Moins d’un cinquième des individus sauvages seraient entièrement noirs (photo Willis Lim).

Le DFTD aurait entraîné la mort de plus de 60 % de la population ! Leur faible diversité génétique et une mutation chromosomique unique parmi les mammifères carnivores prédisposeraient les diables de Tasmanie aux cancers contagieux.

Mal vus des conducteurs

Par ailleurs, les diables de Tasmanie s’avèrent particulièrement exposés aux collisions avec les voitures -les conducteurs détectant difficilement leur présence sur la chaussée. Une étude a révélé qu’entre 2001 et 2004, quelque 3 400 diables de Tasmanie (soit entre 3,8 et 5,7 % de la population) étaient tués chaque année sur les routes. Afin de réduire le nombre d’accidents, des mesures de ralentissement du trafic, des voies artificielles offrant des itinéraires alternatifs pour les diables, des campagnes d'éducation et l'installation de réflecteurs de lumière signalant les véhicules arrivant en sens inverse ont été mis en œuvre et ont permis de réduire le nombre de diables de Tasmanie victimes de la circulation.

DIABLE DE TASMANIE 02Chaque année, le diable de Tasmanie paie un lourd tribut à la circulation routière (photo Peter Shanks).

L’état de la population reste mal connu. En 2007, le nombre de 25 000 diables matures (pour un total de 50 000 individus) a été avancé. D’autres sources annoncent des estimations oscillant entre 20 000 et 75 000 spécimens.

Des ambassadeurs envoyés à travers le monde

Le 23 juin 2013, Brian Wightman, ministre australien des Parcs, de l'Environnement et du Patrimoine, a estimé que la menace d’extinction planant sur l’espèce s’était toutefois éloignée. Il a notamment fait référence aux quelque 500 diables de Tasmanie sains élevés dans les zoos et parcs animaliers australiens, au programme « Devil Island » avec la construction de vastes enclos en milieu naturel, ainsi qu’aux centres de reproduction en captivité. Le ministre a affirmé qu’il était devenu nécessaire « de s’occuper des animaux ne participant plus activement au maintien d’une population viable ou génétiquement surreprésentés au sein de celle-ci ».

DIABLE DE TASMANIE 05Le projet « Devil Island » permet la sauvegarde du diable de Tasmanie grâce à la construction de grands enclos dans le milieu d’origine des animaux ou de clôtures protégeant les populations saines de l’épizootie de DFTD (photo The Devil Island Project).

Brian Wightman a alors annoncé le lancement du projet « Diables ambassadeurs » (« Ambassador Devils »), destiné à sensibiliser le monde entier à l’avenir de ces marsupiaux insulaires. Le projet consiste à confier des diables de Tasmanie à différents zoos étrangers. « Seules seront retenues les demandes émanant de grands zoos dont l'engagement pour la conservation est avéré. »

DIABLE DE TASMANIE 06M. Wightman a également évoqué l’aspect financier du projet. « Cette initiative permettra d’alléger un peu le coût élevé du programme de conservation à long terme du diable de Tasmanie. » Au passage, il a rendu hommage aux divers zoos d’Australie et de Tasmanie impliqués dans la sauvegarde du diable ainsi qu’à l’Association des Zoos et Aquariums (ZAA). Chaque année, cette dernière contribue au programme de sauvegarde à hauteur de 2,7 millions de dollars.

Première vague d’une vingtaine de marsupiaux

« Les zoos seront sélectionnés en fonction de leurs réussites en terme d’élevage et des installations qu'ils peuvent fournir aux diables de Tasmanie, » a précisé le ministre, mentionnant en particulier le niveau d’exposition au public auquel les animaux seraient susceptibles d’être soumis.
Durant  la première année, ce projet concernera seulement une vingtaine d’animaux et quelques zoos triés sur le volet (jusqu'à trois parcs en Nouvelle-Zélande et deux aux États-Unis dont évidemment San Diego).

Si l’expérience s’avère probante, elle sera ensuite étendue à une dizaine de zoos en Amérique du Nord et en Europe, deux au Japon et trois autres en Nouvelle-Zélande. Un zoo français figurera-t-il sur la liste des parcs choisis par les autorités australiennes ? Selon certaines rumeurs, un établissement au moins pourrait être candidat…

DIABLE DE TASMANIE 03Diable de Tasmanie dans la réserve d'Healesville (Sir Colin MacKenzie Fauna Park) au sud-est de l’Australie (photo Arndbergmann).

La captivité du diable de Tasmanie dans des institutions zoologiques remonte au début du XIXe siècle. Sa présence au zoo d’Hobart semble avérée avant 1807. En 1833, le zoo de Londres accueille un premier couple de diables de Tasmanie.

L’espèce sera présentée par intermittence jusqu’au milieu des années 1990 dans plusieurs zoos européens (les derniers étant vraisemblablement Berlin, Budapest, Rotterdam et Londres) mais, semble-t-il, jamais en France.

En 2004, Coolah, le dernier diable de Tasmanie élevé en captivité hors de l’Australie, meurt au Fort Wayne Children's Zoo dans l’Indiana (États-Unis) à l’âge de sept ans et demi, ce qui pourrait constituer le record de longévité de l’espèce.

Naissances exceptionnelles au Danemark

Cependant, en octobre 2005, le gouvernement de Tasmanie confie quatre diables (deux mâles et deux femelles) au zoo de Copenhague pour célébrer la naissance du premier fils de Frederik, prince héritier du Danemark, et de son épouse Mary Donaldson, originaire de Tasmanie. Le zoo de la capitale danoise leur dédie un enclos estimé à 500.000 $. Ces quatre individus mourront sans descendance.

DIABLE DE TASMANIE 07La naissance de petits diables de Tasmanie au zoo de Copenhague est considérée comme une première historique en dehors de l’Océanie (photo Zoo de Copenhague).

En octobre 2012, le zoo danois reçoit deux nouveaux couples en provenance du Trowunna Wildlife Park, situé à Mole Creek en Tasmanie. Au printemps dernier, les deux femelles ont mis au monde sept petits, les premiers de leur espèce à naître en Europe. En règle générale, les femelles donnent naissance à une trentaine de foetus pesant 0.2 g mais seuls trois ou quatre d'entre eux se développent dans la poche maternelle.

Jusqu’à l’arrivée de leurs congénères au zoo de San Diego, les diables de Copenhague étaient les seuls visibles en dehors de l’Océanie.

 

Pour visionner l’arrivée des diables de Tasmanie au zoo de San Diego, cliquer sur le lien suivant : www.youtube.com/watch?v=QbJMVT_8cdo

Pour visionner l’examen des jeunes diables de Tasmanie âgés de 6 mois au zoo de Copenhague, cliquer sur le lien suivant : www.youtube.com/watch?v=WUQ9fjq7Oa0&feature=youtu.be

Sources : The Save the Tasmanian Devil Program, digitaljournal.com, IUCN, JACKSON Stephen, Australian Mammals : Biology and Captive Management, Csiro Publishing, 2007, 548 p., zootierliste.de, Zoo de Copenhague, wikipedia.