Treize années de traque à l’aide de 1.500 caméras infrarouges, des centaines de pièges à poils et un nombre incalculable d’heures passées sur le terrain ont confirmé la crainte des spécialistes : la panthère nébuleuse de Formose (Neofelis nebulosa brachyurus) est, selon toute vraisemblance, éteinte. Le braconnage, la destruction de son habitat, la disparition de ses proies et le commerce des peaux durant l’occupation japonaise (1895 – 1945) auront eu raison de cette sous-espèce, endémique à Taïwan.

PANTHERE LONGIBANDE 01 La panthère nébuleusede Formose est désormais considérée comme éteinte (photo Ministère des Affaires étrangères de République de Chine – Taïwan).

« Il y a peu de chances que la panthère nébuleuse soit encore présente à l’état sauvage sur l’île de Taïwan, » a affirmé le zoologiste Chiang Po-jen au Taipei Times. Et si ce chercheur appartenant à la Société taïwanaise de mammalogie conserve l’espoir que quelques félins survivent dans l’ancienne Formose, ceux-ci ne seraient alors qu’une poignée.

Chiang Po-jen  appartient à l’équipe de zoologues taïwanais et américains recherchant en vain depuis 2001 la moindre trace de la panthère nébuleuse de Formose dans la nature. Il a d’ailleurs consacré sa thèse de doctorat aux quatre premières années de cette quête qu’il juge « spirituelle ». Chiang Po-jen assure ainsi, dans une interview à la Taiwan Review, qu’une « forêt avec ou sans léopards n’a pas la même signification. Une forêt sans léopards est morte... »

Une annonce redoutée mais attendue

L’annonce de la disparition de la panthère nébuleuse de Taïwan n’est malheureusement pas une surprise. Depuis trois décennies, aucune observation du félin n’a été validée. Selon un article publié en 2009 par la Taiwan Review, la communauté scientifique ne reconnaît pas le cliché de 1983 montrant un animal mort au fond d’une fosse et dont le négatif a d’ailleurs disparu. Professeur à l'Université nationale de Pingtung en sciences et technologie, Pei Jai-chyi a déclaré au magazine que les indigènes taïwanais préfèraient les collets aux fosses pour la chasse. Selon cet enseignant, la photo a été prise à Bornéo où vit une espèce proche, la panthère nébuleuse de Bornéo (Neofelis diardi).

PANTHERE LONGIBANDE 02Panthère longibande de Formose peinte en 1862 par Joseph Wolf (1820-1899).

Même si cette photo est sujette à caution, les panthères nébuleuses subsistaient peut-être encore au début de la décennie 1980. En 1986, Alan Rabinowitz, actuel responsable de l’organisation de protection des grands félins Panthera, s’était rendu à Taïwan pour y interroger chasseurs, agents forestiers et villageois. Sept témoins lui ont affirmé avoir aperçu le félin au cours des cinq à dix années précédentes. Pour Alan Rabinowitz, les panthères longibandes se seraient éteintes à Taiwan peu après sa visite.

Pour l’heure, le gouvernement taïwanais considère toujours la panthère nébuleuse comme un animal protégé. Après les conclusions de cette étude, il décidera ou non de classer le félin comme éteint. Aucun individu n’est semble-t-il maintenu en captivité, les deux spécimens du zoo de Taipei ayant été importés du continent. Seuls quelques spécimens naturalisés témoigneraient alors du passage sur Terre de cette sous-espèce.

PANTHERE LONGIBANDE 03Membre d’une tribu taïwanaise arborant une peau de panthère longibande, photographié vers 1900 par l’ethnologue et anthropologue japonais Torii Ryūzō.

Impressionnantes canines

Sans la queue, les mâles mesurent de 81 et 108 cm. Plus petites, les femelles atteignent 68 à 94 cm de long. La queue des mâles varie entre 74 et 91 cm, celle des femelles allant de 61 à 82 cm. Ces félins toisent entre 50 à 55 cm, leur masse oscillant de 11,5 à 23 kg. Par rapport à la taille de l’animal, les canines atteignant jusqu’à 4,5 cm sont plus longues que celles des autres félins

La panthère longibande ou nébuleuse arbore un pelage ocre clair à gris ou brun présentant sur les flancs sept ou huit larges ellipses foncées et cernées de noir. Celles-ci évoquent la forme de nuages,  d’où les noms commun et scientifique attribués à cette panthère.

Longtemps considéré comme essentiellement nocturne, ce félin présenterait plutôt, selon de récentes études, des mœurs crépusculaires. De même ne serait-il pas aussi arboricole qu’on l’a cru. Néanmoins, les singes demeurent, avec les oiseaux et notamment les faisans, ses proies préférées. La panthère nébuleuse se nourrit aussi de poissons et chasse également des sangliers, de petits cervidés ou encore des porcs-épics.

PANTHERE LONGIBANDE 05Panthère longibande en captivité au ZooParc de Beauval (photo Ph. Aquilon).

Particulièrement agile, elle utilise sa très longue queue comme balancier et se révèle capable de se suspendre par une seule patte ou de descendre un tronc la tête en bas grâce aux articulations flexibles de ses chevilles. En outre, ses courtes pattes et ses larges pieds lui confèrent un centre de gravité très bas et une bonne stabilité sur les branches.

En moyenne de 11 ans en milieu naturel, sa longévité s’élève jusqu’à 17 ans en captivité.

L’aire de répartition de la panthère longibande s’étend sur une vaste zone de l’Asie tropicale, du Népal au Vietnam et à la Malaisie en passant par l’Inde, le Bhoutan, le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et la Chine.

Une seconde espèce dans les îles

Aujourd’hui, trois sous-espèces sont généralement reconnues : feu la panthère longibande de Formose (Neofelis nebulosa brachyurus), la panthère longibande du Népal (Neofelis nebulosa macrosceloides) dont l’aire de répartition s’étend du sud de l’Himalaya à la Birmanie, et la panthère d’Indochine (Neofelis nebulosa nebulosa), présente en Chine et dans la péninsule indochinoise. Au total, à peine 10.000 adultes survivraient à l’heure actuelle et aucun noyau de population n’atteindrait plus de 1.000 individus matures. En régression, l’espèce est classée comme vulnérable, c’est-à-dire confrontée à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

PANTHERE LONGIBANDE 04Panthère nébuleuse de Bornéo près de la rivière Kinabatangan, dans l’est du Sabah (photo www.photosbypaulo.com).

Considérée jusqu’alors comme une sous-espèce, la panthère nébuleuse dite de Bornéo ou de la Sonde a obtenu en 2006 le statut d’espèce à part entière. Deux sous-espèces ont d’ailleurs été distinguées à la suite d’analyses génétiques effectuées en 2007 : la sous-espèce de Bornéo (Neofelis diardi borneensis) et celle de Sumatra (Neofelis diardi diardi). Avec vraisemblablement moins de 10.000 spécimens adultes sauvages et une tendance au déclin des populations, l’espèce est, là encore, classée comme vulnérable par l’UICN.

Sources : Scientific American & Smithsonian blogs, Livescience.com , Les félins (Éditions Delachaux et Niestlé), Wikipédia,

Actuellement, la Ménagerie du Jardin des Plantes (75), le Parc des félins à Nesles (77) et les zoos de Beauval (41), La Boissière-du-Doré et Pont-Scorff (56) élèvent des panthères longibandes appartenant à la sous-espèce d’Indochine (Neofelis nebulosa nebulosa).

Pour consulter la thèse de doctorat de Chiang Po-jen  (sous format pdf) : http://cloudedleopard.org/documents/Formosan%20clouded%20leopard%20Po-Jen%20Chiang%202007.pdf