La longévité des animaux en parc zoologique est un sujet passionnant, parfois polémique et toujours complexe. Un aspect affectif s’ajoute au côté purement scientifique de la question. Les pensionnaires les plus âgés deviennent souvent les mascottes du public comme du personnel. Les établissements communiquent volontiers sur leurs plus vieux hôtes et la disparition de ces derniers est généralement évoquée, plus ou moins longuement, dans la presse locale voire nationale.

Un petit clin d’œil au plus vieux pensionnaire du plus ancien parc zoologique français s’impose donc. D’autant que celui-ci fête cette année ses 100 ans !

TORTUES DES SEYCHELLES 01Périclès (ici dans son enclos intérieur) est devenu centenaire cette année. L’événement devrait donner lieu à une fête à la Ménagerie du Jardin des plantes (photo Ph. Aquilon).

Une carapace de soldat grec

Né en 1913 sur une île des Seychelles, Périclès séjourne à la Ménagerie du Jardin des Plantes depuis 90 ans cette année. En effet, cette tortue terrestre mâle fut offerte en 1923 au zoo parisien par Paul Carié, érudit et naturaliste mauricien. Périclès arriva en compagnie de Kiki, une autre tortue géante des Seychelles – ou d’Aldabra - (Dipsochelys elephantina), alors âgée de 60 ans. Kiki, qui était également un mâle malgré son nom, avait sans doute vu le jour en 1863.

TORTUES DES SEYCHELLES 02Lecata et Platine, les deux autres pensionnaires de la Ménagerie du Jardin des plantes (photo Ph. Aquilon).

Victime d'une septicémie provoquée par une occlusion intestinale, Kiki s’est éteint le 30 novembre 2009 à 146 ans, sans laisser de descendance. Périclès, ainsi baptisé à cause de la bosse en forme de casque grec sur l’avant de sa dossière, est alors devenu le plus vieux résident de la vénérable Ménagerie. Il partage désormais son enclos avec deux autres tortues géantes des Seychelles. Spécimen mâle né à l’état sauvage vers 1980, Lecata a rejoint la Ménagerie le 1er décembre 1986, en même temps que Platine,  une femelle également née dans la nature à une date inconnue. Lecata et Platine ont été offertes à la Ménagerie par Roger Bour, chercheur au CNRS et spécialiste des reptiles au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.

L’hiver au chaud, l’été dehors

Les trois tortues sont hébergées durant une partie de l’année à l’extrémité de la galerie des reptiles. Elles partagent actuellement leur enclos avec un paresseux à deux doigts (Choloepus didactylus). À la belle saison, les tortues des Seychelles disposent d’un parc situé le long de la célèbre Rotonde, construite entre 1802 et 1812 et au plan inspiré par la croix de la Légion d’honneur. Chaque année, le transfert des tortues entre leur quartier d’hiver et leur résidence d’été constitue un moment très prisé du public et des médias.

BATIMENT REPTILE 01Érigée entre 1870 et 1874, la galerie des reptiles de la Ménagerie accueille les tortues géantes plus de la moitié de l’année (photo Ph. Aquilon).

Actuellement Périclès affiche plus de 150 kilos sur la bascule mais reste très loin des 250 de Kiki peu avant sa mort. Longtemps transporté en brouette, ce dernier était d’ailleurs déplacé en chariot élévateur à la fin de sa vie.

La plus grosse tortue au monde

La tortue des Seychelles est considérée comme la plus grosse tortue terrestre. La masse maximale recensée est d’environ 300 kilos, alors que ses cousines des Galápagos (Chelonoidis nigra) plafonnent aux alentours de 250 kilos. Pouvant atteindre 1,25 m de long, les mâles sont plus imposants que les femelles, mesurant jusqu’à 90 cm pour 200 kg.

La longévité des tortues originaires de l’océan Indien serait également supérieure à celle de leurs consœurs du Pacifique. Ainsi Esmeralda, une tortue de 304 kilos vivant sur l’île de Bird, pourrait être née en 1771 et serait donc âgée de 242 ans. Selon d’autres sources, cette tortue n’aurait que 170 ans.

ESMERALDAEn dépit d’estimations divergentes, Esméralda est aujourd’hui considérée comme la tortue la plus âgée au monde (photo Tribalninja).

À sa mort, le 23 mars 2006 au Alipore Zoological Gardens de Calcutta (Inde), une autre tortue des Seychelles -un mâle dénommé Adwaita- aurait été âgée de 255 ans. Cette donnée a été déterminée par des estimations au carbone effectuées sur sa carapace. Adwaita serait l’une des quatre tortues offertes par des marins britanniques à Robert Clive, officier  de la Compagnie des Indes. Des documents attesteraient la présence de quatre animaux dans la villa du militaire anglais à Barrackpore, dans la banlieue de Calcutta. Trois y seraient morts, tandis que Adwaita aurait été transféré en 1875 au Alipore Zoological Gardens par Carl Louis Schwendler, le fondateur de cet établissement.

Tortues des Seychelles et des Galápagos se distinguent notamment par la présence d’une nuchale chez les premières, dont le dôme s’avère plus régulier et de hauteur moyenne. La tête de l’espèce des Seychelles est aussi plus ronde, avec un museau plat.

Fruits et légumes frais au menu

Végétariennes, les tortues des Seychelles se nourrissent principalement de plantes épineuses même si, en cas de pénurie alimentaire, certains spécimens ont été observés en train de manger d’autres individus morts. À la Ménagerie du Jardin des Plantes, les tortues géantes sont nourries tous les deux jours, exclusivement de fruits et de légumes frais (ananas, oranges, branches de céleri, épinards, salades, tiges de brocoli, choux non traités, blettes, persil, cresson, endives voire pissenlits…).

TORTUES DES SEYCHELLES 03Péricles, 150 kg, ici au côté de Lecata et Platine, respectivement 86 et 72 kg (photo Ph. Aquilon).

En extérieur, elles consomment aussi les herbes hautes poussant dans leur enclos. Les tortues peuvent boire avec leurs narines dans des flaques de faible profondeur puisqu’à l'intérieur de leurs cavités nasales un clapet empêche la pénétration du liquide dans l'appareil respiratoire.

 Le spectre de la surpopulation

Quelque 150.000 tortues vivraient actuellement sur l’atoll corallien d’Aldabra, où certains individus présentent des comportements migratoires. Les études ont mis en évidence le faible nombre de jeunes. La surpopulation pourrait expliquer ce phénomène inquiétant avec un déclin des ressources végétales et une éventuelle autorégulation des naissances, les tortues arrivant à maturité sexuelle vers 15 ans. Au milieu du XIXème siècle, les effectifs sur Aldabra auraient été, selon les auteurs, de 300 à 1200 spécimens !

Afin d’éviter une éventuelle extinction sur Aldabra, l’espèce a été réintroduite sur d’autres petites îles des Seychelles comme Frégate, Cousin, Curieuse et Mahé mais aussi à l’île Rodrigues (archipel des Mascareignes) et introduite à Changuu (îlot de Zanzibar).

TORTUES TOUROPARC 01Tortues des Seychelles dans leur enclos extérieur à Touroparc (photo Ph. Aquilon).

Les tortues géantes des Seychelles sont considérées comme vulnérables par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), c'est-à-dire confrontées à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

À l’heure actuelle, près 375 individus seraient élevés dans des parcs zoologiques dans le monde. En 2012, 71 mâles, 61 femelles et 32 individus non sexés étaient hébergés dans des institutions européennes. En France, outre la Ménagerie du Jardin des plantes, l’espèce est accueillie au zoo de la Palmyre (17), à la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte (26), au ZooParc de Beauval (41), à Alligator Bay à Beauvoir (50), au zoo de Lille (59), à Touroparc (71) et au centre A Cupulatta de Vero (2A).

Sources : Toutes les tortues du monde de F. Bonin, B. Devaux & A. Dupré (Delachaux et Niestlé), Journal de la Secas, Les animaux du Muséum de Y. Laissus & J-J. Petter (MNHN Imprimerie nationale), MNHN, site zootierlist, Wikipédia.