Disponible à partir du mardi 7 mai 2013 dans tous les bureaux de poste de la Confédération helvétique, un timbre de 1 franc rend hommage à la réintroduction réussie de la cigogne blanche dans le pays.

TIMBRE CIGOGNE 01 OKL’hommage de la Poste suisse à la cigogne blanche.

En 1950, la cigogne blanche (Ciconia ciconia) avait complètement disparu du ciel suisse. Pourtant, dès 1948, un habitant de Soleure, Max Bloesch (1908-1997), enseignant et ancien médaillé olympique en handball, entreprend d’élever des cigogneaux qu’il importe d’Alsace puis d’Algérie. De 1955 à 1961, 262 jeunes oiseaux originaires d’Afrique du Nord sont introduits et, en 1960, un couple non captif niche à nouveau pour la première fois en Suisse !

Couronné de succès, le projet de M. Bloesch suscite alors des vocations : durant les trois décennies suivantes, 24 stations d’élevage voient le jour en Suisse. Petit village de la périphérie de Soleure, Altreu devient le centre de la réintroduction de la cigogne blanche dans le pays et collabore aux projets similaires menés à l’étranger, en France (Alsace), en Allemagne (Bade-Wurtemberg), en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie. En 1976, la «Société pour la promotion de la réintroduction des cigognes à Altreu» est fondée sous le patronage de la réputée station ornithologique de Sempach (canton de Lucerne).

CIGOGNE 03 OKEn 1983, Max Bloesch publie Altreu und seine Störche, ouvrage consacré à la réintroduction de la cigogne blanche en Suisse.

Objectif 300 couples

En 2010, les effectifs de cigognes blanches étaient estimés à 220 couples nicheurs, soit bien davantage que les 140 couples recensés en 1900. L’ambition du Plan d’action cigogne blanche Suisse est d’atteindre 300 couples nicheurs (potentiel estimé) en 2024.

L'évolution des effectifs est bien documenté et plusieurs facteurs expliquent la régression enregistrée jusqu’aux années 1980 puis l’inversion de la tendance.
L'assèchement des zones humides, la régulation des fleuves, le développement de l'agriculture intensive et l'utilisation accrue de pesticides ont considérablement réduit les ressources alimentaires des échassiers. En outre, beaucoup oiseaux ont été électrocutés par des lignes électriques toujours plus nombreuses ou se sont noyés dans des châteaux d'eau. La sécheresse sévissant au Sahel dans les années 1970 et au début des années 1980 a provoqué une hausse de la mortalité hivernale. Ce à quoi s’ajoutent les conséquences de la chasse en Afrique de l'ouest comme en France et en Espagne.

Écrevisses et décharges

Selon le Muséum d’histoire naturelle de Fribourg (Suisse), la hausse de la population occidentale des cigognes européennes tient moins à la revalorisation écologique des sites de nidification qu’aux changements constatés sur les sites de passage et d'hivernage. Le Muséum évoque la fin de la sécheresse au Sahel à partir du milieu des années 1980, concomitante avec l’accroissement des couples nicheurs et des individus hivernants dans la péninsule ibérique. Une écrevisse importée et invasive constitue aussi désormais une proie privilégiée pour les oiseaux. Enfin, les décharges offrent de nouvelles ressources de nourriture accessibles aux cigognes toute l’année.

CIGOGNE 04 OKNid de cigognes près de Silves, dans l’Algarve, à l’extrémité sud du Portugal (Photo Korall).

D'ici 2017, les décharges espagnoles à ciel ouvert devront être fermées, engendrant un probable recul de la population de cigognes. Le projet «Storchenzug im Wandel» («La migration en mutation») entend lutter contre cet effondrement prévisible. Première étape obligée, l’analyse du comportement migratoire mo­difié des cigognes blanches empruntant la route occidentale.

Dans les arbres du Zolli

En 1981, des cigognes se sont installées d'elles-mêmes au zoo de Bâle. L’année suivante, une première naissance a été observée dans un pin du zoo pour enfants. En 2012, plus de 50 cigogneaux ont été recensés dans les 24 nids des arbres du Zolli, établissant un nouveau record après celui de 2008 et ses 42 poussins. Les cigognes sont présentes au zoo depuis sa création, en 1874.

CIGOGNE 05 OKL’enclos des cigognes blanches au Domaine zoologique de Pescheray, dans la Sarthe (Photo Ph. Aquilon).

En 2011, une cigogne, née en mai et baguée en juin au zoo, a été transférée à la station des cigognes d’Oberwil (Bâle-Campagne) afin d’y être équipée d’un émetteur satellite permettant de suivre sa migration vers le sud et de résoudre le mystère des changements du comportement migratoire des cigognes. Choisie parmi 38 cigogneaux,  Amelios, « l’insouciante » en grec, avait été baptisée ainsi à la suite d’un concours lancé par le zoo bâlois.

Fin du voyage en Espagne

Initié par Cigogne Suisse, ce projet scientifique vise à mieux comprendre pourquoi une grande partie des oiseaux ne migre plus vers l’Afrique de l’ouest et termine son voyage automnal en Espagne. Est-ce la conséquence des projets d’élevage et de remise en liberté ou le fait des décharges à ciel ouvert du sud de l’Espagne, qui offrent une nourriture malheureusement pas toujours saine aux échassiers ? Ces décharges semblent en effet si attirantes que 70 % des cigognes s'y installent et ne migrent plus de l’autre côté de la Méditerranée !

CIGOGNE 02 OKPose de l’émetteur destiné à suivre les migrations d’Amelios II (Photo Zoo de Bâle, page Facebook Amelios).

Malheureusement, dès octobre 2011, Amelios était retrouvée morte en Espagne. Aussi, en juin 2012, une nouvelle jeune cigogne du zoo de Bâle, dénommée Amelios II, a été équipée d'un émetteur. Cinq autres oiseaux l’ont également été.

Équipée d’une balise Argos permettant de relever tous ces déplacements, une autre cigogne est déjà entrée dans l’histoire ornithologique suisse. Née en 1999, Max fut ainsi suivie « à la trace » de juillet 1999 au 10 décembre 2012, date de sa disparition près de Madrid.  Mais Max avait pris son envol avant le décollage d’internet. Et aujourd’hui, Amelios II compte déjà près de 400 amis sur sa page Facebook !

 Page Facebook d’Amelios II : https://www.facebook.com/zoobasel.amelios?fref=ts

 Sources : Muséum d’histoire naturelle de Fribourg, Plan d’action cigogne blanche en Suisse, Zoo de Bâle.