Réunie à Bangkok (Thaïlande) du 3 au 14 mars 2013, la 16e Conférence des Parties de la Convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacés d’extinction (CITES) a approuvé «à l’unanimité le transfert du lamantin de l’Afrique de l’Ouest de l’Annexe II à l’Annexe I».  En clair, le commerce international de cette espèce est désormais interdit, sauf circonstances exceptionnelles.*

LAMANTIN AFRICAIN 01

(Photo WIA)

Cette Annexe I regroupe les espèces de faune et de flore considérées comme les plus menacées : la CITES interdit leur commerce international sauf exception, par exemple à des fins de recherche scientifique. Considérées comme  vulnérables, les espèces classées en Annexe II pourraient être menacées d’extinction si leur commerce n’était pas soumis à une réglementation stricte. Les échanges commerciaux restent autorisés mais s’avèrent étroitement contrôlés.

Combat de longue haleine

La demande de transfert du lamantin d’Afrique (Trichechus senegalensis) à l’Annexe I a été formulée officiellement par les pays de la sous-région lors de l’atelier de concertation organisé en février dernier à Dakar (Sénégal) par l’ONG Wetlands International Afrique (WIA), en collaboration avec la Commission sous-régionale des pêches (CSRP).

Dédiée à la protection et à la restauration des zones humides,  WIA a qualifié la décision de la CITES de «grand succès pour tous les pays ouest-africains qui se sont battus pendant longtemps pour arriver à ce résultat».

LAMANTIN AFRICAIN 04

Dans le cadre du Projet de conservation du lamantin ouest-africain, Wetlands International Afrique a notamment édité un livret éducatif à l’intention des élèves de primaire.

De 2004 à 2007, Wetlands International Afrique s’est penchée sur la situation du lamantin africain. Une stratégie régionale de conservation a alors été lancée. À partir de 2008, un Programme de conservation a été mis en place afin de sauvegarder l’espèce et ses habitats. Établi sur des données scientifiques, ce programme tient compte de l’environnement, des caractères socioéconomiques et culturels de l’aire de répartition du lamantin. Il concerne le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie, la Guinée Bissau et la Sierra Leone. 

Braconné pour sa chair et son huile

Ressemblant beaucoup à ses « cousins » d’Amérique du Nord et de l’Amazone, le lamantin d’Afrique mesure entre 3 et 4 m à l’âge adulte pour une masse avoisinant 750 kg. Il fréquente les fleuves, les estuaires et les eaux côtières de son aire de distribution. Celle-ci s’étend du sud de la Mauritanie au nord de l’Angola. Comme tous les lamantins, cette espèce exclusivement herbivore se nourrit de plantes aquatiques.

LAMANTIN AFRICAIN 02

Lamantin africain photographié en 1919 par Henry Fairfield Osborn (1857-1935), auteur de The Congo Expedition of the American Museum of Natural History.

La pollution des zones humides, la disparition de son habitat, les blessures provoquées par les hélices des bateaux à moteur, les dangers inhérents à certaines installations hydroélectriques et le braconnage pour sa chair ou son huile constituent les principales menaces à la survie du lamantin dont la longévité, en milieu naturel, atteint une trentaine d’années.

Si la population du lamantin africain n’est pas chiffrée, l’espèce est classée «vulnérable» par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Ce statut est attribué lorsque les meilleures données disponibles indiquent que l’espèce est confrontée à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

Aucun spécimen en Europe

Plusieurs institutions zoologiques asiatiques présentent des lamantins africains. L’Aquarium de Toba (Japon) élève notamment deux individus importés en 1996 depuis la River Zoofarm, ferme d’élevage située en Guinée-Bissau.

LAMANTIN AFRICAIN 03

L’Aquarium de Toba (Japon) héberge deux lamantins ouest-africains (Photo Toba Aquarium).

Entre 2000 et 2010, le commerce international rapporté dans la base de données sur le commerce CITES fait état de 28 spécimens vivants (dont 26 sauvages) commercialisés. Certains ont été exportés depuis l’aire de répartition de l’espèce vers l’Asie : 2 en République de Corée (en 2008 depuis le Cameroun), 10 vers la Chine (6 en 2008 depuis la Guinée et 4 en 2010 depuis le Cameroun), 3 à Taïwan (en 2004 depuis la Côte d’Ivoire).

Aujourd’hui, aucun lamantin ouest-africain n’est élevé en captivité au sein des institutions zoologiques européennes. Dans le passé, plusieurs spécimens ont été hébergés dans les zoos de Londres (Angleterre), Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas).

Sources : AFP, Wetlands International Afrique, Guide de mammifères marins du monde de R. Wandrey (Éditions Delachaux et Niestlé), UICN, Zootierlist.