L’information est désormais officielle : le BioParc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire), qui a rouvert ses portes ce week-end, accueillera des okapis en 2013 au sein d’un «sanctuaire» aménagé dans une carrière recouverte d’un filet à 20 mètres du sol.

BIOPARC TRAVAUXL'allée des fours à chaux (dans la première clairière le long du vivarium) avant les travaux (à gauche) et durant les travaux (à droite) (Photo BioParc de Doué-la-Fontaine).

Conçu dans l’esprit de la grande volière réalisée en 2009, ce nouvel espace se situera dans la plus ancienne zone du parc, en contrebas de l’entrée, là où le parc zoologique accueillit ses premiers visiteurs en 1961 ((voir le billet du 6 janvier 2013 : http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/01/06/26078742.html).

Apparenté à la girafe

Présent à l’état sauvage exclusivement dans la forêt tropicale de l’Ituri, en République démocratique du Congo, l’okapi a été découvert seulement en 1901 par l’explorateur britannique Henry «Harry» Hamilton Johnston dont il porte désormais le nom (Okapia johnstoni).

Proche parent de la girafe, l’okapi atteint 2 m au garrot pour une masse d’environ 230 kg. À l’instar de la géante des savanes, le mâle porte des ossicônes, petites cornes osseuses recouvertes de peau.

BIOPARC OKAPI MALE DE BEAUVAL OKOkapi mâle en captivité au ZooParc de Beauval en décembre 2010 (Photo Ph. Aquilon).

L’okapi se nourrit de feuilles, de bourgeons, de fruits, de graminées, de fougères et de champignons. Il cueille sa nourriture à l’aide de sa longue langue noire protractile et de ses lèvres préhensiles.

Très discret, quasi silencieux sauf en période d’accouplement, l’okapi est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature). Outre le braconnage, au sein même de la réserve de faune à okapis et du Centre de Conservation et de Recherche d’Epulu, cet animal est menacé par la disparition de son habitat.  La population d’okapis sauvage oscille entre 10.000 et 35.000 individus.

Un singe à tête de hibou

Comme annoncé, le BioParc envisage une cohabitation entre plusieurs espèces : au sein d’une végétation dense évoquant les forêts équatoriales d’Afrique centrale, les okapis cohabiteront avec des cercopithèques à tête de hibou, des céphalophes et une douzaine d'espèces d'oiseaux originaires de la forêt congolaise.

MALE ET FEMELLE CERCOPITHEQUE A TETE DE HIBOU

Femelle et mâle cercopithèques à tête de hibou ou cercopithèquede Hamlyn (Photos Christophe Chauvin).

Classé vulnérable par l’IUCN, c'est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, le cercopithèque à tête de hibou ou cercopithèque d'Hamlyn (Cercopithecus hamlyni) vit dans les forêts denses du Rwanda et de la République démocratique du Congo. Il serait aussi présent au Burundi et en Ouganda. Mesurant environ 55 cm (sans la queue), ce singe arboricole de taille moyenne est souvent considéré comme nocturne.

En France, seuls les parcs zoologiques de La Palmyre (Charente-Maritime) et de Mulhouse (Haut-Rhin) élevaient jusqu’à présent cette espèce, rare dans les institutions animalières européennes.

Bleu, à dos jaune ou roux ?

Antilopes africaines de petite taille appréciant pour la majorité des sous-espèces les milieux forestiers et très boisés, les céphalophes présentent une silhouette trapue caractéristique, au dos arqué, avec des pattes antérieures plus courtes que les postérieures. Vivant généralement seul ou en couple, ces ongulés arborent deux petites cornes (chez les deux sexes pour les céphalophes de forêt) entre lesquelles poussent de longs poils.

CEPHALOPHE BLEUCéphalophe bleu au zoo de San Diego en Californie (Photo Stickpen).

Actuellement, quatre espèces et sous-espèces de céphalophes sont hébergées dans des parcs zoologiques européens : le céphalophe du Natal (Cephalophus natalensis), le céphalophe à flancs roux (Cephalophus rufilatus), le céphalophe à dos jaune (Cephalophus silvicultor) et le céphalophe bleu (Philantomba monticola). Si le premier n’est pas originaire de la République démocratique du Congo, les trois autres ont une aire de répartition «compatible» avec celle de l’okapi.

Présent dans le plus grand nombre d’institutions zoologiques, le céphalophe bleu pourrait donc être l’espèce retenue afin de cohabiter avec les okapis de Doué. Il s’agit d’ailleurs du seul céphalophe déjà élevé en France. Le zoo d’Asson (Pyrénées-Atlantiques) présente en effet des céphalophes bleus du Congo (Philantomba monticola congica).

Un jeune mâle portugais

Outre Doué-la-Fontaine, les parcs de Wroclaw (Pologne), Beekse-Bergen (Pays-Bas) et éventuellement Madrid (Espagne) s’apprêtent à accueillir des okapis en 2013. En Pologne, une cohabitation est également prévue, cette fois avec des céphalophes et des potamochères.

BIOPARC CASCADE OK

Le projet d'aménagement du «sanctuaire» des okapis préserve la cascade de la première carrière (Photo Ph. Aquilon).

L’identité de l’un des deux okapis attendus dans le Maine-et-Loire a été révélé : il s’agit d’Azizi, un mâle né le 18 octobre 2010 au zoo de Lisbonne (Portugal). Son père, Jamar, a vu le jour le 29 décembre 2003 au Marwell Wildlife (Royaume-Uni). Faraa, sa mère, est née le 3 novembre 2004 au zoo d’Anvers (Belgique). Gérant aujourd’hui le programme européend'élevage et de conservation (EEP) de l’espèce, le zoo belge fut le premier, en 1918, à héberger un okapi sur le Vieux Continent. Le 4 janvier 1953, il obtint la première naissance en captivité au monde.

Histoire de famille

Toutefois la première naissance viable, survenue le 6 juin 1957, est à porter au crédit du parc zoologique de Paris. Pensionnaire sa vie durant du zoo de Vincennes, Ebola donna naissance à 9 rejetons et mourut à l’âge de 22 ans, le 26 août 1979. Elle est d’ailleurs l’arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère d’Azizi (soit une génération tous les 7 ans et demi) ! 

BIOPARC OKAPI JDP

Okapi à la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris au début du siècle dernier (Coll. particulière).

À ce jour, le zoo d’Anvers a déjà enregistré près de 48 naissances, le «record» mondial. En France, 37 okapis ont vu le jour au zoo de Vincennes et un au ZooParc de Beauval, seul établissement hexagonal, pour quelques semaines encore, à élever des okapis.

Pandas roux et muntjacs font enclos commun

La refonte de la clairière a déjà entraîné le déménagement des pandas roux (Ailurus fulgens). Depuis près d’un mois, ces derniers ont rejoint l’ancien parc des panthères de Perse, dont les grillages et les baies vitrées ont été supprimées.

BIOPARC ANCIEN ENCLOS PANDAS ROUX OK

BIOPARC ANCIEN ENCLOS PANTHERES OKLes anciens enclos des pandas roux, en haut, et des panthères de Perse, en bas (Photo Ph. Aquilon).

Ici aussi, la cohabitation est de mise : tandis que les petits pandas, friands de bambous, évoluent essentiellement en hauteur, deux jeunes femelles muntjacs de Reeve (Muntiacus reevesi), de petits cervidés asiatiques, occupent le sol de l’enclos. Ainsi, en l’absence de rivalité pour la nourriture ou les zones des repos, ces deux espèces vivent-elles sans heurts. Et en 2014, pandas et muntjacs accueilleront de nouveaux colocataires, en l’occurrence des loutres naines d’Asie (onyx cinerea).

Première naissance chez les tigres de Sumatra

Le 14 novembre 2012, une tigresse de Sumatra (Panthera tigris sumatrae) est née au Bioparc. Une première pour ses géniteurs, Kiara, âgée de 7 ans et originaire du zoo d’Heidelberg (Allemagne), et Bintang, mâle de 3 ans né au zoo de Paignton (Royaume-Uni).

BIOPARC TIGRESSE

La jeune tigresse accompagnée de ses parents (Photo BioParc de Doué-la-Fontaine).

Classée en danger critique d’extinction par l’UICN, cette sous-espèce est la plus petite de toutes. Du bout du museau à l’extrémité de la queue, les mâles mesurent entre 2,2 et 2,55 m tandis que la taille des femelles varie de 2,15 à 2,3 m. Les mâles pèsent de 100 à 140 kg tandis que la masse des femelles oscille entre 75 et 100 kg. Le tigre se Sumatra se distingue aussi par sa robe rouge-orangée aux rayures noires, épaisses et rapprochées et par les larges favoris blancs ornant ses joues.

 

BIOPARC ENCLOS TIGRES OK

L'enclos des tigres de Sumatra du BioParc de Doué-la-Fontaine (Photo Ph. Aquilon).

Selon les spécialistes, il resterait moins de 400 tigres de Sumatra à l’état sauvage sur seulement 10 % du territoire de l’île indonésienne. Depuis 2005, le Bioparc soutient, via le Sumatran Tiger Trust, un Projet Nature visant à la sauvegarde de cette sous-espèce, unique survivante des tigres peuplant jadis les îles de la Sonde. Le tigre de Bali a en effet disparu dans les années 1940 et celui de Java s’est éteint près de 40 ans plus tard.


Sources : Bioparc Doué-la-Fontaine, UICN, zootierlist, Les zoos dans le monde.