À force de progresser à travers forêts et campagnes de l’Hexagone malgré l’opposition farouche de ceux qui ne supportent pas la présence de prédateurs autres que l’Homme dans nos contrées, le loup rejoindra-t-il les rivages de l’Atlantique ? Pas sûr au regard des décisions actuelles concernant une espèce pourtant menacée et protégée…

LOUPS EUROPEENS A GRAMAT

Loups d'Europe en captivité au parc animalier de Gramat, dans le Lot (Photo Ph. Aquilon).

Pourtant, certains attendent l'animal avec impatience à quelques lieues de la Côte de Jade, au cœur du pays de Retz. En effet, le Sentier des Daims, à Frossay (Loire-Atlantique), présentera dès le printemps 2013 deux meutes de loups aux visiteurs : l’une de loups gris européens (Canis lupus lupus), avec notamment une femelle et ses petits arrivés cet automne en provenance du parc Alpha de Saint-Martin Vésubie (Alpes-Maritimes) et un mâle né en 2011 aux Loups de Chabrières (Creuse), l’autre de loups blancs (Canis lupus arctos) originaires du zoo d’Amnéville (Moselle). Sous-espèce du loup gris, le loup arctique se caractérise par son épaisse fourrure blanche, une taille relativement réduite (entre 65 et 80 cm au garrot), de petites oreilles arrondies, des pattes plus larges et un museau plus court que ses congénères. Autant d'adaptations à la survie dans des régions où la température peut atteindre -50° Celsius en hiver.

LOUPS ARCTIQUES A PESCHERAY

Loups de l'Arctique au domaine zoologique de Pescheray, dans la Sarthe (Photo Ph. Aquilon).

Séparées, les deux meutes, qui devraient compter chacune un mâle et trois femelles, bénéficieront d’un enclos forestier de 8 hectares.Selon la direction du parc, ce projet a nécessité un investissement de 250.000 €. Le Sentier des daims accueille près de 60.000 visiteurs chaque année.

 De l'Autriche à la Moselle

À l’autre extrémité de la France, le parc animalier de Sainte-Croix, à Rhodes (Moselle), prépare l’arrivée, courant mars 2013, d’une meute de loups noirs nés en Autriche en 2007. Cet établissement zoologique élève déjà des loups d’Europe et des loups de l’Arctique. Les loups attendus ce printemps appartiennent très vraisemblablement à la sous-espèce du loup gris dite loup du Canada (Canis lupus occidentalis) dont certains spécimens, originaires de la vallée du fleuve Mackenzie dans les Territoires du Nord-Ouest, présentent un pelage noir.

LOUPS NOIRS DE SAINTE-CROIX

Le nouvel aménagement de Sainte-Croix prévoit la reconstitution d’une mine d’or, un point de vision semi-enterré et un nouvel espace muséographique baptisé « Comptoir du trappeur » (Document parc de Sainte-Croix).

D’une superficie de 12.000 m2,  leur territoire enrichira la zone « Histoire de loups » avec près de vingt-cinq individus répartis désormais au sein de 4 meutes : 2 meutes de loups d’Europe, une meute de loups blancs d’Alaska et la meute de loups noirs « Timberwolf ».

Casse-tête taxinomique

Cette dernière appellation soulève d’ailleurs quelques questions puisque le terme de «Timber wolf» est utilisé pour désigner le loup de la vallée du Mackenzie mais aussi le loup de l’Est, dont des études moléculaires effectuées en 2003 ont démontré qu’il s’agissait d’une espèce à part entière et non d’une sous-espèce du loup gris. Plus petit que le loup gris, le loup de l’Est (Canis lycaon) possède une peau gris-brun pâle. Le dos et les flancs sont couverts d’un long pelage noir. Le dos de ses oreilles présente une légère coloration rougeâtre. Plus maigre que le loup gris, cette espèce ressemble au coyote avec lequel elle semblerait s’hybrider dans la nature.

LOUP DE MACKENZIE LA BOISSIERE

Loup «de Mackenzie» au zoo de La Boissière-du-Doré, en Loire-Atlantique (Photo Ph. Aquilon).

Il n'est pas toujours aisé de s'y retrouver entre les diverses sous-espèces du loup gris et leurs appellations courantes comme scientifiques, lesquelles évoluent au gré des recherches et des découvertes. Ainsi, au sein de la sous-espèce du loup du Canada (Canis lupus occidentalis), également baptisée loup de l'Alberta, certains distinguent plusieurs «variétés» dont le loup des prairies, le loup de la toundra d'Alaska, le loup d'Alaska et le loup du fleuve Mackenzii, une appellation parfois employée pour évoquer Canis lupus occidentalis dans son ensemble ! Reconnu comme sous-espèce à part entière en 1943 (Canis lupus mackenzii), le loup dit de Mackenzie a finalement été reclassé en 1992 au sein de la sous-espèce Canis lupus occidentalis. De quoi y perdre son latin ! Pour résumer, les loups noirs du parc de Sainte-Croix seront très certainement des loups... gris américains de «type» Mackenzie.

Dans son communiqué, le parc mosellan assure d'ailleurs que ses futurs pensionnaires sont identiques à ceux «présents dans le mythique parc naturel nord-américain du Yellowstone», aux États-Unis. En fait, les derniers loups sauvages du parc national du Yellowstone (situé au nord-ouest du Wyoming et pour une petite partie au Montana et en Idaho) furent deux louveteaux abattus en 1926 par des rangers près de la rivière Soda Butte Creek. Le dernier loup tué dans l'écosystème du «Grand Yellowstone» fut, lui, tué par un éleveur de moutons en mai 1943, à proximité de la frontière sud du parc national.

LOUPS YELLOWSTONE

Parmi ces loups chassant un cerf élaphe mâle dans le parc national du Yellowstone, deux individus arborent un pelage noir  (Photo Doug Smith).

Malgré l'opposition des éleveurs et des propriétaires de la région, le loup fut réintroduit au Yellowstone près de 70 ans après sa disparition. En janvier 1995, le service américain de la pêche et de la faune sauvage capture, en collaboration avec son homologue canadien, 14 loups provenant de plusieurs meutes vivant à l'est du parc national Jasper, près de Hinton, dans la province canadienne de l'Alberta. Il est intéressant de relever que le Bureau de l'agriculture (Farm Bureau) de l'ldaho, du Wyoming et du Montana s'est opposé à ce projet au motif que les animaux prélevés pour cette réintroduction appartenaient à la sous-espèce Canis lupus occidentalis et non à Canis lupus irremotus, alias le loup des Rocheuses septentrionales, une sous-espèce désormais intégrée au sein de la sous-espèce Canis lupus nubilus ou loup des (grandes) plaines.

ARRIVEE DES LOUPS CANADIENS AU YELLOWSTONE

En janvier 1995, les premiers loups capturés au Canada pénètrent  au Yellowstone en passant sous l'Arche de Roosevelt, à Gardiner (Montana). Ce monument a été érigée en 1903 à l'entrée nord du parc national, sur la highway 89 (Photo Diane Papineau).

Les loups capturés arrivèrent au Yellowstone en deux temps, le 12 puis le 20 janvier 1995 (respectivement 8 et 6 individus). Ils seront relâchés sur trois sites durant le mois de mars suivant. 17 nouveaux spécimens sont capturés au Canada puis envoyés au Yellowstone en janvier 1996 avant de retrouver la liberté en avril 1996.

Après avoir atteint 174 individus répartis en 13 ou 14 meutes fin 2003, la population des loups du Yellowstone a considérablemement chuté. En décembre 2011, elle s'élevait à 98 spécimens pour 10 meutes.

Sources : parc animalier de Sainte-Croix, Ouest-France, «Canids: Foxes, Wolves, Jackals and Dogs, Status Survey and Conservation Action Plan», Manimalworld, Wikipédia.