126 nouvelles espèces animales et végétales ont été identifiées par les scientifiques en 2011 dans la région du Grand Mékong, une zone à cheval sur le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie et la province chinoise du Yunnan, a annoncé hier le Fonds mondial pour la nature (WWF) dans un rapport intitulé Extra Terrestrial. 82 plantes, 13 poissons, 21 reptiles, 5 amphibiens et 5 mammifères composent cette liste.

CHAUVE-SOURIS

La chauve-souris Belzébuth déjà menacée par la déforestation (Photo Gabor Csorba).

Trois espèces de chauve-souris au nez en forme de tube et appartenant à la famille des Murina ont ainsi été découvertes. L’une d’elles, endémique du Vietnam, a reçu le surnom de «Belzébuth»  (Murina beelzebub) en raison de la couleur sombre de sa fourrure et de sa tête. Vivant au cœur la forêt tropicale, ces chiroptères sont particulièrement vulnérables à la déforestation. Or, selon le rapport du WWF, 30% des forêts du Grand Mékong ont disparu en 40 ans !

VIPERE AUX YEUX RUBIS

Le parc national vietnamien de Cát Tiên constitue un refuge crucial pour l'avenir de la vipère aux yeux rubis (Photo Peter Paul van Dijk / Darwin Initiative).

Par ailleurs, la chasse illégale pour la viande, la peau ou le commerce d'animaux de compagnie exotiques menace la survie d’autres espèces comme le python à queue courte de Birmanie. Aperçu dans un cours d'eau traversant le sanctuaire Kyaiktiyo au Myanmar, ce python pygmée (Python kyaiktiyo) mesurant 1,50 mètre n'a pas été revu depuis malgré de nombreuses recherches. Par ailleurs, une vipère aux yeux couleur rubis (Trimeresurus rubeus) a été repérée dans les forêts proches d’Hô-Chi-Minh-Ville. Elle a aussi été localisée sur les basses collines au sud du Vietnam ainsi que sur le plateau cambodgien du Liang Bian.

Le chant des grenouilles

Dans les forêts de haute altitude situées au nord du Vietnam, les scientifiques ont identifié trois grenouilles d'une nouvelle espèce dont le chant évoque davantage celui d'un oiseau que les croassements d'une grenouille tropicale. Ainsi le mâle de la rainette Quang (Gracixalus quangi), espèce qui se rencontre entre 600 et 1.300 m d'altitude dans les monts Pu Hoat, lance-t-il un appel différent à chaque fois. Chaque individu associe clics sifflets et pépiements dans un ordre unique.

GRENOUILLE

Leptobrachium leucops et ses étonnants yeux noir et blanc (Photo Jodi J. L. Rowley/Australian Museum).

Quant aux grenouilles du genre Leptobrachium, elles présentent une remarquable coloration des yeux. Parmi la vingtaine d'espèces connue, les chercheurs ont relevé une incroyable variété de coloration. Découverte l’année dernière dans la forêt humide du sud vietnamien, Leptobrachium leucops se distingue ainsi par ses yeux noir et blanc.

Barrage à l'horizon

Toutes ces découvertes témoignent de la fabuleuse richesse de la biodiversité régionale. Depuis 1997, pas moins de 1.710 nouvelles espèces ont été décrites dans la région du Grand Mékong ! Pourtant l’avenir de la faune et de la flore locales pourrait être compromis par d’«inquiétants développements» selon le WWF.

Le Fonds mondial pour la nature pointe notamment du doigt le projet de barrage de Xayaburi, dont les travaux ont débuté le mois dernier au Laos et dénonce les risques pour «la biodiversité extraordinaire» du Mékong, le plus long fleuve d'Asie, dont dépendent 60 millions d'habitants pour le transport, l'alimentation et l'économie.

BARRAGE

Les travaux du barrage de Xayaburi, sur le cours du Mékong au Laos, ont officiellement été relancés le 7 novembre dernier (Photo WWF France).

«La biodiversité aquatique du Mékong est la deuxième au monde, après celle de l’Amazone», affirme Nick Cox, responsable régional du WWF. Le fleuve héberge ainsi près de 850 espèces de poissons… et la pêche en eau douce la plus intensive de la planète.

BORARAS

Le nom scientifique de Boraras naevus vient de la tâche noire visible sur le flanc doré de ce petit poisson (Photo Peter Macguire).

Parmi les nouvelles espèces de poissons recensées figurent un poisson-chat (Clarias gracilentus), découvert sur l’île vietnamienne de Phú Quốc et capable de se mouvoir sur terre, un minuscule cyprinidé (Boraras naevus) observé dans les marécages du sud de Thaïlande, ou encore un poisson rose nacré, appartenant à la famille des carpes, identifié dans un cours d’eau souterrain du Xe Bangfai, affluent du Mékong long de 7 km coulant au centre du Laos. Vivant sous terre et totalement aveugle, ce poison a déjà été classé comme particulièrement vulnérable à cause de son aire de répartition très limitée.

«Le barrage de Xayaburi constituerait une barrière infranchissable pour un grand nombre d'espèces de poissons, signant l'arrêt de mort d'une faune déjà connue et d'une autre encore à découvrir», estime M. Cox.

«C’est seulement en investissant en faveur de la sauvegarde de la nature, surtout dans les zones protégées, et en développant des économies plus « vertes » que ces nouvelles espèces pourront être protégées et que nous garderons l’espoir d’en découvrir de nouvelles au cours des prochaines années.»

Source : wwf.panda.org