Selon une étude publiée récemment dans la revue European Journal of Wildlife Research, les lions du zoo d’Addis-Abeba (Éthiopie) seraient génétiquement différents des autres lions africains. D’apparence, ces animaux sont légèrement plus petits et plus ramassés que leurs congénères et les mâles arborent une impressionnante crinière noire recouvrant le poitrail et s’étendant sous le ventre.

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« Les analyses ADN ont révélé que ces lions appartenaient à un groupe génétique différent des lions d’Afrique de l’Est et du Sud », assure Michael Hofreiter, professeur de biologie à l’Université de York (Angleterre). L’équipe internationale de scientifiques, dirigée par Susann Bruche sous l'égide de l’Imperial College London (Royaume-Uni) et de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig (Allemagne), a étudié l’AND de  huit mâles et sept femelles. Le zoo d’Addis-Abeba héberge actuellement 20 spécimens descendant de la lignée des lions ayant appartenu à l’empereur Haïlé Sélassié Ier (1892-1975). « Il s’agit des descendants directs du groupe de sept mâles et deux femelles capturés à l’état sauvage en 1948 pour le zoo privé de l’empereur », certifie le Dr Hofreiter. Ces neuf animaux auraient été originaires du sud-ouest du pays, mais leur origine géographique reste sujette à controverse.

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(Photo Joerg Junhold and Klaus Eulenberger, Leipzig Zoo)

Les comparaisons génétiques ont été effectuées avec des lions du parc national du Serengeti, en Tanzanie, et du désert du Kalahari, en Afrique australe. « Nous pensons que les lions du zoo d’Addis-Abeba doivent bénéficier d’un programme de conservation spécifique et d’actions de conservation immédiate, notamment à travers un plan d’élevage en captivité », affirme Michael Hofreiter. « Nous espérons que des enquêtes sur le terrain identifieront dans l’avenir des lions sauvages présentant les mêmes caractéristiques que ceux du zoo d’Addis Abeba, mais la conservation de la population captive reste une première étape essentielle », enchérit Susann Bruche. Et de préciser : « Une grande partie de la diversité génétique des lions a probablement déjà été perdue, en grande partie à cause de l’Homme. Tous les efforts nécessaires pour préserver le patrimoine génétique de cette espèce doivent être entrepris. »

Crinière noire et débats en vue

Selon certains spécialistes, les mâles élevés dans le zoo de la capitale éthiopienne seraient les derniers à posséder des crinières aussi épaisses et sombres. D’après les chercheurs, cette caractéristique aurait d’ailleurs contribué à leur disparation à l’état sauvage en raison d'une chasse excessive. Toutefois, des lions sauvages présentant une apparence similaire auraient été aperçus à l'est et au nord-est de l'Éthiopie.

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(Photo Joerg Junhold and Klaus Eulenberger, Leipzig Zoo)

À noter cependant que d’autres populations de lions, celles du Cap (Panthera leo melanochaitus) et de l’Atlas (Panthera leo leo), sont célèbres pour leur abondante crinière noire. Les premiers ont disparu à la fin du XIXe siècle tandis que le dernier spécimen sauvage du lion de l’Atlas aurait été abattu au début des années 1940 au Maroc. Néanmoins, quelques représentants de cette sous-espèce survivraient toujours en captivité, notamment au Jardin zoologique de Rabat (Maroc) ou encore dans les zoos français des Sables d’Olonne (Vendée) et de Montpellier (Hérault).

Toutefois, l’existence de sous-espèces parmi les lions africains fait l’objet de (vifs) débats. Se fondant sur des analyses génétiques, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ne reconnaît que deux sous-espèces de lions depuis 2008 : le lion d’Afrique (Panthera leo leo) et le lion d’Asie (Panthera leo persica).

Cependant, certains spécialistes admettent l’existence de plusieurs sous-espèces au sein des lions africains parmi lesquelles le lion de l’Atlas (Panthera leo leo), le lion de l’Angola (Panthera leo bleyenberghi), le lion du Kalahari (Panthera leo vernayi), le lion d’Afrique de l’Ouest (Panthera leo senegalensis), le lion du Transvaal (Panthera leo krugeri), le lion des Massaïs (Panthera leo massaicus), le lion du Nord-Est du Congo ou du Cameroun (Panthera leo azandica), le lion du Congo (Panthera leo hollisteri),le  lion de l’est africain (Panthera leo nubica)…  Bref, la question est éminemment complexe et les points de vue sur le sujet divergent selon les auteurs. La publication de l’étude sur les lions d’Addis-Abeba promet de relancer les débats !

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(Photo Joerg Junhold and Klaus Eulenberger, Leipzig Zoo)

Une chose est toutefois acquise : classée vulnérable dans la liste rouge de l'UICN, l’espèce - dans son ensemble - est confrontée à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage (risque considéré comme très élevé pour le lion d’Asie). Actuellement, la population de lions vivant en liberté en Afrique est estimée  à 23.000 individus, avec une fourchette comprise entre 16.500 et 30.000 spécimens. Elle aurait chuté de  30%  au cours des deux dernières décennies.

Sources : UICN, Huffington Post, Ethiopian Review, Live Science, The Independent.