Les gorilles ont perdu la moitié de leur habitat depuis 1995. Et celui des autres grands singes africains, chimpanzés et bonobos, se réduit aussi comme une peau de chagrin. Un constat alarmant dressé par une étude internationale conduite sous l’égide de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig (Allemagne) et dont les résultats ont été publiés fin septembre dans la revue Diversity and Distributions.  Les recherches ont porté sur l’analyse des conditions environnementales nécessaires à la survie de ces anthropoïdes en s’appuyant sur la base de données « Ape populations, environnements and surveys » (APES) lancée en 2007 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Les scientifiques ont relevé l’emplacement précis de quelque 15.000 sites où la présence de grands singes avait été établie de façon certaine entre 1995 et 2010. Puis ils ont évalué les conditions environnementales propres à chacun site avec, comme critères, le couvert forestier, les conditions climatiques et la densité de population humaine.  À l’aide d’une modèle statistique, les chercheurs ont ensuite évalué ce qui subsistait de l’habitat nécessaire aux grands singes en 1995 puis quinze ans plus tard, en 2010.

Une situation dramatique

Le bilan est extrêmement inquiétant. Comme le relève le quotidien Le Monde, les gorilles de l’Est (Gorilla beringei) ont perdu 52 % de leur habitant, tandis que celui des gorilles orientaux ou gorilles des plaines de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla) a régressé de 31 %. Sous-espèce du gorille de l’Ouest vivant dans les forêts tropicales et subtropicales en lisière du Nigéria et du Cameroun, le gorille de la rivière Cross (Gorilla gorilla diehli) a vu la surface de l'habitat dont il a besoin amputée de 59 % ! Aujourd’hui, entre 150 et 200 gorilles de la rivière Cross survivent au sein de petits groupes dispersés. Se distinguant des autres gorilles occidentaux par la taille de son crâne et sa dentition, cette sous-espèces a le triste privilège de figurer parmi les 25 primates les plus menacés au monde.

CROSS RIVER GORILLAS

Cette  image exceptionnelle de gorilles de la rivière Cross a été prise au Cameroun, dans le sanctuaire Kagwene, grâce à une caméra placée dans une forêt par une équipe de chercheurs (Photo Wildlife Conservation Society).

De leur côté, les bonobos (Pan paniscus), qui vivent exclusivement dans les forêts équatoriales de la  province de l’Équateur en République démocratique du Congo, ont subi une perte de 29 % de l’habitat qui leur convient. L’aire de répartition du bonobo est délimitée par le fleuve Congo au Nord et à l’Ouest, la rivière Lomami à l’Est, la Kasai et la Sankura au Sud. Enfin les chimpanzés d’Afrique centrale (Pan troglodytes troglodytes) ont subi une érosion de 17 % de leur environnement contre 11 % pour celui nécessaire à la survie des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest (Pan troglodytes verus).

Les activités humaines (destruction et fragmentation des forêts, braconnage…) constituent la raison principale de la disparition des habitats indispensables à la survie des grands singes.

« La situation est dramatique » assure le Dr Hjalmar Kuehl de l’Institut Max-Planck. « La plupart des populations de grands singes que nous trouvons encore aujourd’hui vont disparaître dans un futur proche. Face à une  pression démographique humaine croissante et des besoins toujours plus importants en espace, en nourriture, en bois ou encore en minéraux, les grands singes continueront de s’éteindre. »

Désormais seule une prise de conscience (très) rapide et des mesures radicales pour l’identification et la protection d’aires de conservation prioritaires peuvent éviter une disparition annoncée.

 

Pour consulter la base de données APES : http://apes.eva.mpg.de/apeswiki/index.php/Main_Page

Pour découvrir la vidéo des gorilles de la rivière Cross prise par l’équipe du WCS : http://www.youtube.com/watch?v=J026R2SLYMA

Sources :  Diversity and Distributions (http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ddi.12005/pdf), Le Monde, BBC Nature.