Ce soir, la chaîne Paris Première diffusera en direct à 20 h 50 le nouveau spectacle « Les 4 Écoles d’Art Équestre » présenté dans l'enceinte du Palais Omnisport de Paris-Bercy. Ce gala exceptionnel réunit les plus prestigieuses écoles d'équitation européennes : l’École Espagnole d’Équitation de Vienne (Autriche), le Cadre Noir de Saumur, l’École Royale Andalouse d’Art Équestre et l’École Portugaise d’Art Équestre.

LES 4 ECOLES D'ART EQUESTRE

Outre les chevaux en liberté des Haras Nationaux, les (télé)spectateurs découvriront 80 chevaux issus de chaque école : les Selles français, les Pures Races Espagnoles, les Lusitaniens Alter Real et les Lipizzans. Or ces trois dernières races, aussi prestigieuses soient-elles aujourd'hui, ont failli disparaître et rejoindre la (trop) longue liste des races domestiques à jamais éteintes.

Descendants des Genêts d'Espagne

Symbole de l’École royale andalouse d’art équestre, le Pure race espagnol, descendant des genêts d’Espagne tout comme le Lusitanien, a ainsi été sauvé de justesse au XIXe siècle. Alors que l’élevage de ce cheval périclitait, quelques monastères Chartreux sont restés fidèles à la race dont ils ont maintenu le patrimoine génétique.

École Royale Andalouse d’Art Équestre

Les Pures Races Espagnoles de l’École Royale Andalouse d’Art Équestre.

Cette période faillit être également fatale à l’Alter Real, magnifique monture des cavaliers de l’École Portugaise d’Art Équestre. Dès 1813, des croisements avec des étalons étrangers signent le déclin de l'élevage de cette lignée de Lusitaniens particulièrement pure. Au début du XXème siècle, l’ancienne race Alter (du nom du haras où la race fut sélectionnée) est menacée d'extinction définitive. Et en 1938, les deux derniers étalons purs Alter sont vendus aux enchères. Heureusement, en 1942, sous l'impulsion du Dr Ruy d'Andrade, éleveur et zootechnicien, le gouvernement portugais prend conscience de la valeur de ce patrimoine génétique et sauve les derniers animaux. La renaissance de la race débute alors, avec une consanguinité très marquée, grâce à une quinzaine de poulinières et trois vieux étalons bais.

Escola portuguesa de arte equestre

L'Alter Real (ici les chevaux de l’École Portugaise d’Art Équestre) sont particulièrement recherchés pour la haute école.

Quant au Lipizzan, cheval à la robe grise emblème de l’École Espagnole de Vienne qui utilise exclusivement cette race, il a bien failli ne pas survivre à la Seconde guerre mondiale et a dû son salut au général américain George S. Patton.

Merci mon général !

Durant la guerre, afin d’échapper aux bombardements alliés, les étalons de Vienne sont été envoyés en Haute-Autriche. Des juments inscrites au stud-book fédéral du Piber, la ferme d'élevage fournissant l'école en chevaux, y sont également été évacuées. Là, à Saint-Martin, les traditions d’élevage et de dressage des Lipizzans sont sauvegardées sous le commandement d'Alois Podhajsky, directeur de l'École espagnole. Toutefois, la famine pousse les habitants à vouloir voler les chevaux pour les manger.

Les célèbres lipizzans de l’École Espagnole d’Équitation de Vienne

Les Lipizzans de l’École Espagnole d’Équitation de Vienne en représentation dans ans le manège d'hiver (Winterreitschule) près du palais impérial.

Par ailleurs, de 1943 à 1945, des Lipizzans sont transférés au haras de l’armée allemande à Hostau, en Bohème. Ils y rejoignent les chevaux de Lipica, évacués en 1942, et ceux originaires d’autres haras des Balkans, comme Demir Kapija et Vukovar.

En 1945, la 3e armée américaine du général George Smith Patton prend le contrôle de Saint-Martin. L’officier de cavalerie californien connaît Alois Podhajsky. Les deux hommes se sont rencontrés avant-guerre lors d’épreuves équestres. Ils décident alors que l’armée américaine protègera les chevaux jusqu'à la fin du conflit et que les animaux seront ensuite rendus aux Autrichiens.

Sauvés des appétits soviétiques

Juste avant la fin de la guerre, le haras d'Hostau, qui possède alors quelque 300 Lipizzans, se trouve à l'arrière des lignes soviétiques. Selon les dispositions du traité de Yalta, Hostau se trouvera bientôt en zone russe. Des officiers allemands, prisonniers des Américains, indiquent à ceux-ci la localisation exacte des chevaux, redoutant que les Soviétiques ne mangent les animaux s’ils les découvrent. Le 28 avril 1945, Patton envoie des troupes sous les ordres du colonel Charles H. Reed pour récupérer les chevaux derrière les lignes soviétiques. Les Allemands, toujours présents pour protéger le haras, se rendent sans problème et saluent même les troupes américaines.

Spanische Hofreitschule

Par tradition, l’École Espagnole d’Équitation de Vienne possède toujours un étalon bai aux côtés des chevaux à la robe grise (Photo Spanische Hofreitschule).

Seuls 250 Lipizzans survivent à la guerre, mais la race est sauvée. Les chevaux repartent alors peu à peu dans leur pays d’origine, l’Autriche, l’Italie et la Yougoslavie. Certains prennent aussi le chemin des États-Unis, où ils constituent la base de l’élevage de Temple Farm, près de Chicago (Illinois).

En 2005, l’École Espagnole d’Équitation de Vienne a célébré les soixante ans du sauvetage du général Patton en organisant une tournée à travers les États-Unis.