Décidément, depuis une semaine, les requins sont au cœur des débats politiques. Après l’autorisation de capturer et tuer les squales s’approchant trop près des côtes occidentales de l’Australie annoncée jeudi dernier, ce fut au tour du tribunal administratif de Saint-Denis (La Réunion) de suspendre, vendredi, un arrêté autorisant la chasse des requins-tigres et des requins-bouledogues jusque dans la Réserve naturelle marine (voir l'article mis en ligne hier).

Hier, le ministère des Outre-mer a annoncé qu’une mission composée de hauts fonctionnaires se rendra à la Réunion pour aider à la gestion du risque représenté par les requins dont les attaques sont devenues plus fréquentes depuis 2011, provoquant la mort de trois surfeurs en 2011 et 2012. Composée de membres des ministères de l'Intérieur, de l'Ecologie et des Sports, cette délégation rencontrera,  du dimanche 7 au vendredi 12 octobre, l'ensemble des acteurs pour « procéder à une évaluation intermédiaire des mesures engagées dans la gestion du risque requin à La Réunion » .

Requins surpêche

Par ailleurs, les représentants des gouvernements de 50 États, réunis en fin de semaine passée à Bonn (Allemagne), ont adopté un Mémorandum d’entente sur la conservation des requins migrateurs. Conclu sous l’égide de la Convention de Bonn (traité international signé en 1979 et également appelé Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage), cet accord vise à limiter la surpêche, à mieux connaître la répartition des populations de requins et à instaurer des mesures de protection ciblées. Ce document n’a toutefois valeur que de recommandations. Pour être efficace, ce plan de protection des espèces de requins migratrices devra donc impliquer les représentants du secteur de la pêche, les ONG et les scientifiques.

Aujourd’hui, la cause première du déclin des populations de requins (lire l’article mise en ligne hier) reste la surpêche. Hormis trois d’entre-elles (le grand requin blanc, le requin-baleine et le requin-pèlerin), les espèces de requins ne font l’objet d’aucun quota de capture. Or les requins, qui pour la plupart atteignent tardivement l’âge adulte et se reproduisent peu, sont particulièrement vulnérables à la surpêche.

Des dizaines de millions de requins pêchés chaque année

L’avenir de nombreuses espèces passe donc par une nécessaire réglementation de leur pêche. Entre 26 et 73 millions de requins sont pêchés chaque année, essentiellement pour leur aileron, met de choix dans la gastronomie asiatique et dont le prix au kilo peut atteindre 700 dollars (540 euros). Les carcasses sont en général rejetées à la mer (une pratique baptisée « finning »). Un immense et scandaleux gaspillage. En Europe, la pratique de la découpe de l’aileron est officiellement interdite à tous les navires battant pavillon d’un Etat-membre mais des dérogations autorisent toujours certains pêcheurs à découper les ailerons à bord des navires, avant le débarquement séparé des carcasses.

Ailerons de requins

Pour Shark Alliance (coalition de plus de 130 organisations consacrée à la protection et conservation des requins sur des bases scientifiques et coordonnée par le Pew Environment Group), « débarquer des requins avec leurs ailerons attachés serait de loin la façon la plus simple et la plus fiable d'appliquer une interdiction du finning ». L'Espagne et le Portugal sont les seuls Etats membres de l'UE délivrant encore ce genre de permis. Depuis 2003 et l’interdiction du« finning » en Europe, des dérogations ont été accordées à quelque 200 navires ibériques.

Mercredi 19 septembre, la commission Pêche du Parlement européen a adopté une proposition de la Commission européenne visant à bannir définitivement la découpe des ailerons de requin à bord des navires. Si cette mesure  est soutenue par l’ensemble des parlementaires en session plénière à la fin octobre, sa mise en application deviendra immédiate. Toutefois les amendements adoptés le mois dernier contiendraient des failles juridiques ouvrant la porte au retour de dérogations.

La bataille pour la sauvegarde des requins, espèces essentielles à l’équilibre de l’environnement et des écosystèmes marins, est loin d’être terminée. Dossier(s) à suivre…

Sources : Le Monde, AFP, Shark Alliance.