Major, le plus vieux mâle reproducteur orang-outan de Sumatra (Pongo abelii) en captivité, s’est éteint dans la nuit de mardi à mercredi au zoo de La Boissière-du-Doré (Loire-Atlantique). Père de seize enfants et réputé pour son calme et son caractère pacifique, il avait fêté ses 50 ans le 17 juillet dernier.

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(Photo zoo de La Boissière-du-Doré)

Né en 1962 sur l’île de Sumatra (Indonésie), Major avait été capturé sept ans plus tard puis importé par le zoo de Duisbourg où il avait vécu durant deux décennies. Lors de son séjour dans le parc allemand, Major avait procréé sept petits avec Nony, femelle arrivée en Europe avec lui et morte en 1983. Le 21 mars 1989, Major était transféré à La Boissière-du-Doré où neuf de ses descendants ont vu le jour.

Le plus menacé des "grands singes"

Désormais considérés sur la base de critères génétiques comme une espèce distincte de celle de Bornéo (et non plus comme une simple sous-espèce), les orangs-outans de Sumatra figurent parmi les 25 espèces de primates les plus menacées. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a d’ailleurs classé l’espèce dans la catégorie « en danger critique d’extinction ».

Les deux espèces d’orangs-outans présentent aussi des différences morphologiques et comportementales. Celle de Bornéo est plus robuste et arbore un pelage roux brun alors que celui de son « cousin » de Sumatra s’avère plus clair. En outre, les disques faciaux des mâles de Bornéo sont renflés, tandis qu’ils sont plats chez les mâles de Sumatra. L’orang-outan de Sumatra présente également un régime alimentaire plus varié : il mange davantage de feuilles et consomme même des protéines animales (termites et fourmis), allant parfois jusqu’à tuer de petits mammifères (comme les loris lents) pour leur viande. Enfin, l’espèce originaire de Bornéo s’adapte plus facilement à des habitats perturbés, certaines populations se satisfaisant même de forêts secondaires.

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(Photo zoo de la Boissière-du-Doré)

En 2008, les spécialistes estimaient que 6.500 orangs-outans de Sumatra survivaient à l’état sauvage  (contre 54.000 orangs-outans de Bornéo). Jusqu’à 800 individus seraient perdus chaque année à cause de la chasse et de la destruction de leur habitat. Les forêts primaires de basse altitude dans lesquelles vivent ces grands singes sont notamment brûlées pour permettre la culture de palmiers à huile.

L’espèce est d’autant plus vulnérable que son cycle de reproduction, le plus lent de tous les anthropoïdes, ne permet pas de compenser les pertes. La femelle donne naissance à son premier bébé vers l’âge de 15 ans, au suivant six à huit ans plus tard, et ne met – au mieux - au monde que trois ou quatre petits durant toute sa vie.

Sans l’application de mesures de protection draconiennes, les spécialistes prévoient que la moitié des derniers orangs-outans de Sumatra pourraient disparaître d’ici dix ans et que l’orang-outan de Sumatra serait, à moyen terme, la première espèce de grand singe à s’éteindre dans la nature.

Source : zoo de la Boissière-du-Doré.