Dix-sept ans après le retour du loup en Suisse, des photos viennent d’apporter la preuve que l’espèce s’est reproduite sur le territoire helvétique.

Un chasseur a réussi à prendre le cliché d’un louveteau grâce au piège photographique qu’il avait installé après une observation visuelle incertaine. Deux autres chasseurs ont, séparément, aperçu trois louveteaux a précisé jeudi dernier à l’Ats (Agence Télégraphique Suisse) Hannes Jenny, biologiste de la faune sauvage à l'office grison de la chasse. Les images ont  été prises près du col du Kunkels (1.357 mètres), dans le massif  du Calanda, à l’ouest de Coire (Chur).

« Il s'agit des premiers loups nés en Suisse depuis l'extermination de l'espèce voici 150 ans », s’est félicité M. Jenny. « Les Alpes offrent désormais au loup la qualité de vie nécessaire à leur reproduction. ». « Cela laisse espérer qu'un petit effectif de loups peut s'établir en Suisse », renchérit Mirjam Ballmer au nom de l’organisation écologiste Pro Natura.

Le loup s'est raréfié en Suisse dès la fin du XVII ème siècle. À partir de la seconde moitié du XIXème siècle, l’espèce en tant que telle disparaît des derniers endroits où elle se maintenait encore. Au moins 6 loups seront néanmoins abattus sur le territoire helvète au cours du siècle dernier.

En 1995, la présence d’un loup est certifiée dans le Valais, à proximité du Grand St-Bernard. Plusieurs mâles réapparaissent les années suivantes, toujours dans le Valais puis dans cantons du Tessin et des Grisons. Il s’agit d’individus originaires d’Italie et appartenant à la sous-espèce du loup gris baptisée Canis lupus italicus. Également appelé loup des Abruzzes ou loup des Apennins, le loup d’Italie pèse entre 25 et 40 kilos. Les mâles mesurent de 100 à 140 cm de longueur contre 90 à 130 cm pour les femelles.

PHOTO LOUP BLOG

Loup gris en captivité.

En juillet 2002, des analyses génétiques révèlent la présence de la première louve en Suisse. Les chercheurs démontrent que cette femelle se trouvait  l’automne précédent près de Cuneo, dans les Alpes italiennes, à quelque 250 kilomètres du lieu attesté de sa présence en Suisse. D’autres louves seront signalées ensuite, alors que le canidé est de retour dans de nouveaux cantons (Berne, Vaud, Fribourg, Obwald…)

A noter que la présence de deux loups en Haut-Valais, dans les vallées de Saas et de Binn, a été confirmée début juillet par des analyses ADN.  L’un de ces canidés a attaqué à fin juin à un troupeau de moutons, tuant huit ovins.

Abattre le loup n'est pas "la" solution

Les jeunes photographiés sont nés d’un couple de loups aperçus pour la première fois dans les Grisons en novembre dernier, sans que l'on puisse alors savoir s'il s'agissait de deux mâles ou d'un mâle et d'une femelle. Le nombre exact de petits n’a pas été déterminé. En moyenne, une portée compte entre quatre et six louveteaux mais il est rare que tous survivent. Les jeunes loups quittent habituellement leur meute vers l’âge d’un an et demi. « Dans le cas d’une si petite famille, cela ne sera pas forcément le cas » estime Hannes Jenny. Les meutes étudiées en France, en Allemagne et en Italie comptent au plus six à huit individus.

Une demi-douzaine de loups adultes vivraient aujourd’hui dans les Grisons. Aucune donnée précise n’a pu être établie à cause de leurs déplacements fréquents au sein même du canton ou d’un canton à l’autre.

Depuis 2000, huit loups ont été abattus de manière légale en Suisse. Une mesure qualifiée d’ « illusion »  par Pro Natura qui réclame la mise en œuvre de « solutions constructives ». L'organisation a d’ailleurs publié la semaine dernière une étude sur l'estivage des moutons réalisée avec le concours du WWF et de la  Fédération suisse de l'élevage ovin (1). Lancé en 2010, le projet «SchafAlp» a pour objectif de  fournir les bases d’une discussion positive sur l’estivage des moutons en Suisse.

Selon ce document 4.221 morts ont été enregistrées l’été dernier alors qu’environ 210.000 moutons ont passé la belle saison dans les alpages suisses. Les maladies constituent la première cause de mortalité, loin devant des phénomènes plus marginaux comme la foudre, les éboulements ou les attaques de grands prédateurs. Celles-ci auraient fait 294 victimes en 2011 et « ne jouent à ce jour qu'un rôle local ».

Pour Mirjam Ballmer,  la situation est claire : « Nous voulons les moutons et les loups en Suisse. Les bases scientifiques de «SchafAlp» constituent une nouvelle étape, essentielle pour développer une politique commune en leur faveur, reposant sur des faits. »

(1) www.pronatura.ch/news-reader-mc-franzoesisch-vollstaendig/items/etude-sur-lestivage-des-moutons-98-moutons-sur-100-survivent

Sources :

www.arcinfo.ch/fr/suisse/grisons-premiere-meute-de-loups-observee-en-suisse-566-1030059

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120906.FAP7838/une-premiere-famille-de-loups-en-suisse.html

www.ferus.fr/actualite/enfin-des-louveteaux-en-suisse

www.carnivores-rapaces.org/Loup/populations/alpes/suisse.htm