Pour la première fois depuis une décennie, une famille de guépards asiatiques (Acinonyx jubatus venaticus) a été photographiée à plusieurs reprises dans la réserve de Miandasht, au nord-est de l’Iran. Jusqu’ici, les pièges photographiques installés par l’Iranian Cheetah Society (1) avaient seulement capturé des images d’individus solitaires.  Là, c’est une femelle accompagnée de ses trois jeunes (âgés d’au plus 3 mois et paraissant en bonne santé) qui a été immortalisée près d’un point d’eau où les félins étaient venus se désaltérer. En août 2012, une femelle et ses deux petits avaient bien été aperçus par des habitants mais aucune photo n’avait alors été prise.

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En règle générale, les femelles guépards asiatiques ont deux petits. Dans les cas où la mère met au monde davantage de jeunes, elle ne parvient guère à les élever au-delà de six mois.

Outre qu’elles apportent la preuve de l’importance de cette région proche du Turkménistan pour la survie et la reproduction des guépards asiatiques, ces images laissent espérer aux scientifiques que des preuves de la présence de ces félins pourront être trouvées au-delà des frontières de l’Iran. Depuis les dernières observations au Turkménistan en 1982, aucune trace de la présence des guépards dans leur aire de distribution traditionnelle en dehors de l’Iran n’a été relevée.

Constatant une chute importante du nombre de proies aux débuts du siècle, les responsables du Miandasht Wildlife Refuge ont mis en place des mesures de protection après la découverte de la présence du guépard dans la réserve en 2003. Depuis, une cinquantaine d’observations ont été réalisées dans cette réserve. Les chercheurs éprouvent des difficultés à suivre les guépards à cause de leur discrétion, de leur rareté et de l’étendue de leur habitat. La méthode la plus efficace reste donc les pièges photographiques, la forme et la position des tâches sur le pelage étant propres à chaque individu. Co-fondateur de l’Iranian Cheetah Society, Mohammad Farhadinia espère établir une estimation fiable de l’espèce en Iran d’ici quelques mois grâce aux données fournies par ces pièges photographiques.

Moins d’une centaine de spécimens sauvages

Caractérisé par un pelage fauve plus clair que celui de son « cousin » africain, par une crinière plus proéminente au niveau de la nuque et de la gorge et par une queue plus épaisse, le guépard asiatique ne vivrait plus aujourd’hui, à l’état sauvage, qu’en Iran alors que son aire de répartition s’étendait jadis de l’Inde à la péninsule arabique et à la Palestine. Longtemps, les guépards ont été dressés pour la chasse (d’où le nom scientifique venaticus de la sous-espèce). Les trois derniers guépards observés en Inde ont été abattus en 1947 par le Maharajah de Korwai dans le faisceau lumineux des phares de sa voiture. Le guépard a disparu dans la seconde moitié du XXe siècle des autres pays où il subsistait : dès 1950 en Arabie saoudite, en Syrie et en Irak, en 1956 en Israël, au cours des années 1960 en Jordanie et durant les années 1970 au Pakistan, au Turkménistan et en Ouzbékistan. Il serait aussi éteint en Afghanistan.

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Moins d’une centaine de guépards subsisterait à l’heure actuelle en Iran, dont la moitié seulement serait en âge de se reproduire.  Inscrit en annexe I de la CITES (Convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore menacées d’extinction), le guépard asiatique est classé en danger critique d’extinction sur la Liste Rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).

Les causes de l’extinction du guépard asiatique tiennent à la dégradation de son habitat, à la réduction du nombre des proies dont il se nourrit, aux conflits avec les éleveurs de bétail (chèvres, moutons, jeunes dromadaires) et au braconnage qui en découle. En Iran, le guépard asiatique se nourrissait traditionnellement de gazelles et de lièvres. Mais les gazelles des plaines étant devenues trop rares dans certaines zones, le félin se nourrit désormais principalement d’ongulés évoluant en altitude (mouflons et chèvres sauvages).

(1) L’Iranian Cheetah Society est une ONG qui s’est fixé pour mission de conserver les cinq grands carnivores que compte l’Iran (le guépard asiatique, le léopard de Perse, le loup, l’ours brun et la hyène rayée) en réduisant les conflits avec les populations locales et en mettant en place des activités d’éducation et de sensibilisation.

Le zoo de La Palmyre finance son programme de conservation des guépards depuis deux ans via la CEPA (Conservation des Espèces et Populations animales).

Sources : www.wildlife.ir / www.zoo-palmyre.fr / Les félins (Editions Delachaux et Niestlé).